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jeudi 8 avril 2010

LE SYMBOLISME DE LA WIPHALA

    Cet essai sur la Wiphala est sans prétention exhaustive. L'entreprise mériterait plus que ce court article, mais faute de temps, je réserve les développements plus nourris aux exposés oraux, si l'on m'y invite. Ce billet donnera tout de même un aperçu conséquent de la richesse métaphysique et symbolique du monde andin.

    La Wiphala est une bannière constituée des sept couleurs de l'arc-en-ciel, répétées sept fois. C'est un damier de 49 cases colorées dont l'origine est très ancienne. Son usage fut interdit pendant toute la période des colonies et des républiques et il ne fut rétabli qu'au siècle dernier. Formidable symbole de la résistance du peuple indigène, en même temps que résumé de son art de vivre et de sa sagesse, il comporte plusieurs variantes, dont l'une est identique au "drapeau gay". Au Pérou, c'est cette version de la Wiphala que l'on trouve, la plupart du temps suspendue aux devantures des magasins. Dans le monde andin, la présence de cette bannière arc-en-ciel ne signale donc pas un établissement gay friendly. Plus traditionnelle que ce rainbow flag, la Wiphala de 49 cases est répandue dans l'ensemble des Andes, bien que son usage systématique soit plutôt le fait du monde aymara. C'est en Bolivie que le damier coloré est le plus courant, et il a même été institutionnalisé par l'article 6 de la nouvelle constitution.    Il n'est guère possible de parler de la Wiphala comme d'un simple drapeau. Les boliviens la désignent simplement par son nom : Wiphala. Un drapeau, disent-ils, c'est un rectangle. Dés le départ, cela suppose une inégalité entre les différents cotés. En revanche, la wiphala est un carré qui représente une parfaite égalité et un solide équilibre entre le haut et le bas, la gauche et la droite, le vertical et l'horizontal. Le mot Wiphala est composé de deux termes aymara. Wiphay signifie "allez", c'est un cri de triomphe et d'encouragement. Le second terme est phalaj qui désigne le fait de flotter au vent. Le son de ce mot imite le bruit d'une bannière qui claque. Notons également que le préfixe Wi désigne quelque chose de sacré. C'est pourquoi le mot Wiphala commence par Wi, tout comme le nom du dieu Wiracocha, ou celui de la "cité éternelle" de Tiwanaku, Wiñay Marca. Dans l'esprit andin, la Wiphala est donc un symbole sacré.

    La construction de ce symbole unit deux éléments : l'arc-en-ciel et la chakana. J'ai déjà dit à d'autres occasions que la chakana était un croisement, un pont, un symbole de l'inter-relation du haut et du bas, de la gauche et de la droite, de l'homme et de la femme. La philosophie occidentale envisage la relation comme étant secondaire au regard de l'essence ; selon cette perpective, pour qu'existe une relation, il doit exister d'abord deux choses, deux substances à relier. Dans cette logique, l'essence précède toujours la relation. Mais la sagesse andine envisage exactement le contraire. Il n'y a pas d'en-soi, d'essence, de substance propre. D'abord existe la relation, et ensuite seulement, les éléments reliés se mettent à exister. En termes théistes occidentaux, cela reviendrait à dire que ni Dieu ni l'homme ne sont réels en soi, mais que seule est la relation, l'entre-deux. Pour l'homme andin, ce qui est vrai n'est ni sujet ni objet, ni observateur ni observé. Seul l'acte d'observation et la relation ont un caractère essentiel, rien d'autre. Les choses n'ont de réel que la relation, et non l'en-soi qu'elles pourraient éventuellement constituer. Toute chose, tout être n'est que croisement, chakana. C'est la raison pour laquelle, dans la représentation cosmogonique de Pachacuti Yamqui, la divinité Wiracocha - le grand vide - n'est pas représentée hors du cosmos, mais au coeur de celui-ci. De même, la chakana est un parfait symbole du caractère sacré de la relationalité. Son centre (taypi) est vide, mais il est relation et accueil du haut et du bas, de la gauche et de la droite. La cosmovision andine renvoie dos-à-dos les approches dualistes et non-dualistes qui solidifient l'une ou l'autre rive de la vie, ou bien encore les deux. Il n'y a que le courant quantique, sa fluidité, son ouverture qui rend toute chose possible, cette absence d'en-soi, cet entre-deux mal nommé échappant tant à l'essence qu'à la substance, mais origine de tout. C'est le message fondamental de la chakana.

    Au niveau symbolique aussi bien que pratique, la chakana peut être appliquée aux divisions de l'année, aux divisions de l'espace, à toutes sortes de classifications. Elle sert également de base à la construction de temples, de portes, d'escaliers, de fontaines. Il suffit de prolonger les lignes d'une chakana à trois degrés pour obtenir un damier de 49 cases de 7 x 7, c'est-à-dire une Wiphala, ce qui lie fortement ces symboles fondamentaux de la tradition andine. Quant à l'arc-en-ciel, il s'agit aussi d'une chakana et d'un pont qui unit le ciel et la terre. Selon Garcilaso, il était l'emblème de la dynastie Inca. Pour Pachacuti Yamqui, l'arc-en-ciel apparut au moment où Manko Qapac arriva dans la vallée de Cusco et décida d'y installer le centre de l'Empire Inca, le nombril du monde. Il existe bien entendu une déité de l'arc-en-ciel (K'uychi, les serpents multicolores à deux têtes, ou encore le puma multicolore) et de nombreuses fonctions magiques le concernant. Outre le lien signalé plus haut entre la chakana et la construction de la Wiphala, notons que si l'on colle ensemble quatre Wiphalas, on obtient de nouveau une structure en forme de chakana, ce qui, une fois encore, lie ces deux symboles du monde andin de manière indéfectible.

    L'Empire Inca était divisé en quatre régions, d'où le nom qu'on lui donne en langue quechua (Tawantinsuyu) ou en langue aymara (Pusinsuyu), qui signifie "les quatre régions du soleil". Bien entendu, il existe un rapport entre les quatre éléments et les quatre régions du monde andin. À chacune de ces régions correspond une couleur particulière. Le Chinchay Suyu situé au nord, correspond à la couleur rouge, le Colla Suyu situé au sud, correspond au blanc, l'Anti Suyu situé à l'est correspond au vert et le Cunti Suyu situé à l'ouest, correspond à la couleur jaune. On trouve deux manières de représenter chacune de ces régions. La plus simple consiste en une bannière unie, de la couleur correspondant à la région désignée. L'autre façon consiste à représenter cette région par une Wiphala dont la diagonale centrale correspond à la couleur de la région. Formée d'une seule couleur, cette diagonale de la Wiphala porte le nom de "route de Wiracocha" ou Qhapaq Ñan, "chemin des justes", "chemin du puissant". On la retrouve également sur la chakana où elle s'avère très utile à la compréhension de la géographie sacrée du monde andin, si on la projette sur une carte. Lorsque l'on place le centre de la chakana sur la ville de Cusco, des alignements sacrés apparaissent sur ce Qhapaq Ñan, situant des villes telles que Cusco, Potosi et Tiwanaku sur un axe identique. Ceci montre que la fondation de ces lieux sacrés suit une géographie dont la chakana est la clef.

    Chaque couleur de la Wiphala a une signification précise. Le blanc représente le temps et la transformation permanente, le jaune symbolise la force et l'énergie, l'orange représente la culture et la sagesse patrimoniale, le rouge est à la fois couleur de la terre-mère et de l'homme. Le violet symbolise le politique, expression du pouvoir communautaire andin. Le bleu représente l'espace cosmique où s'incarnent les systèmes célestes, produisant sur terre leurs effets naturels. Le vert symbolise l'écosophie et la production andine, ses richesses naturelles.

    Il est également question d'une Wiphala de 8 x 8 cases, considérée comme un symbole planétaire, mais représentant plus probablement l'ensemble du continent américain ou Abya Yala. L'Abya Yala inclut la totalité du monde indigène américain, du nord au sud. Il réalise la fameuse prophétie d'union continentale des peuples indigènes, symbolisée par la rencontre de l'aigle et du condor. Actuellement, des rencontres continentales ont lieu chaque année en Amérique. J'ai assisté à la plus récente qui a eu lieu à Tiwanaku. Elle regroupait quelques 450 chamans et hommes-médecines de diverses traditions et fut clôturée par Evo Morales, le président de la république bolivien. Notons qu'à cette occasion, et contrairement aux récupérations pseudo-chamaniques occidentales de la rencontre de l'aigle et du condor, l'assemblée continentale ne donne lieu à aucun syncrétisme rituélique ni métaphysique. Elle respecte parfaitement l'idiosyncrasie de chaque tradition représentée, sans les confondre aucunement. On n'y trouve pas de hutte de sudation lakota mélangée à la mesa andine et à la prise de plantes maîtresses amazoniennes. On n'y propose aucun mixage de symboles disant, par exemple, que le condor correspond au cerveau droit de l'homme et l'aigle à son cerveau gauche. La rencontre de l'aigle et du condor ne cautionne pas ce genre d'inepties et s'attache plutôt à réaliser une célébration interculturelle et spirituelle respectueuse de toutes ses composantes. Quoiqu'il en soit, la Wiphala continentale est un carré de 8 x 8 cases, autrement dit un damier de 64 éléments. Je choisis cette variante de la Wiphala pour montrer comment les Incas pouvaient utiliser ce symbole comme table de calcul. Ainsi, si l'on attribue un nombre à chaque couleur et que l'on considère le Qhapaq Ñan, la diagonale blanche, comme zéro (ou 9. J'expliquerai peut-être un autre jour cette équivalence du 0 et du 9 dans la symbolique andine), l'ensemble de la Wiphala peut servir de table de multiplication. Utilisons par exemple les nombres situés au sommet en partant de la gauche et ceux situés à gauche en partant du sommet. Première case, en haut à gauche, 1 x 9 = 9(0). Descendons à la deuxième case et prenons le résultat sur les cotés de la Wiphala : 2 x 9 = 18. Décalons à la troisième case et prenons le résultat : 3 x 9 = 27. Descendons encore à la quatrième case et voyons le résultat : 4 x 9 = 36, etc.


    Je ne peux pas développer tous les calculs qu'autorise la Wiphala et le lecteur devra pour l'instant se contenter de ce petit exemple, que je n'ai pas choisi au hasard, car pour le monde andin, le nombre 9 a une grande importance symbolique. Il représente la structure symétrique du cosmos et la porte d'accès à ce qu'en occident, les Rose+Croix d'autrefois appelaient "l'autre moitié du monde que le monde ne connaît pas". Dans l'esprit de l'homme andin, le cosmos est double. Il comporte non seulement la partie visible que tous connaissent, mais aussi une autre moitié, invisible, qui constitue la source et l'origine du monde visible. A ce titre, le principe de symétrie peut symboliser cette structure double du cosmos, et c'est pourquoi les cultures andines adoptèrent le nombre 9 pour la représenter. La table de multiplication par 9 que les aymara appellent llatunka est en effet structurée symétriquement, comme pour évoquer le miroir cosmique. Le site de la communauté Sariri montre quelques exemples de ces symétries, reconnaissables jusque dans l'art textile, puisque le célèbre poncho andin est conçu à partir de deux pièces symétriques cousues l'une à l'autre. 

    La sagesse ancestrale des Andes enseigne que la plupart des hommes et des femmes ne s'en tient qu'à la surface des choses et des êtres. On pense aux effets sans réfléchir vraiment à leur origine, située à l'intérieur, et donc, relevant de l'invisible. Les deux faces interne et externe de la réalité sont complémentaires et il s'agit donc de percevoir l'univers dans son intégralité, aussi bien dans sa matérialité que dans son immatérialité. Dépourvus de cette vision intégrale, notre situation devient difficile. Nous n'avons plus les clefs qui sont dans l'ombre des choses, dans leur intériorité.

    Le message du miroir cosmique qu'est le Llatunka s'exprime dans notre capacité à remonter jusqu'à l'origine, à passer à l'autre coté de nous-même pour lire dans le miroir. On peut avoir une meilleur compréhension de ce qui se produit dans notre vie lorsqu'on génère périodiquement une première condition : Le silence intérieur (en aymara Amuki). Ce silence peut permettre d'appréhender le niveau de causalité qui est enfoui en nous. Dans le monde andin, l'intérieur est lié au monde souterrain ou monde d'en-bas (Uku-Pacha). C'est là que se trouve l'invisible, l'intériorité, l'origine. Le monde extérieur du visible et des effets est quant à lui signifié par le monde d'ici ou Kay-Pacha. Pour percevoir en nous notre propre Uku-Pacha, en lien avec notre Kay-Pacha, pour appréhender ce lien entre invisible et visible, origine et manifestation, nous autres, les chamans andins, célébrons la cérémonie de l'Amuki, qui induit et nourrit ce silence intérieur. Cette cérémonie cultive deux attitudes. En premier lieu, nous cessons de parler pendant un certain temps. Cet acte permet de revenir au calme et à la clarté. Les faits se manifestent à notre conscience tels qu'ils sont, plutôt que tels que nous les arrangeons et voulons les voir. Ensuite, nous nous engageons à ne pas émettre de jugement, ce qui veut dire que nous allons seulement regarder et observer ce qui se passe vraiment. De cette façon, nous nous libérons de l'intérêt personnel pour entrer dans le bien vivre commun (Sumaq Kawsay).

    Par la pratique de l'Amuki, nous commençons à écouter davantage les sons du corps-esprit. Nous découvrons, nous nous resouvenons, et nous parvenons à comprendre bien des choses. La pratique de l'Amuki permet, à l'étape suivante, de percevoir un autre silence magique, celui de l'entourage et de l'espace. En aymara, cet autre silence porte le nom de Chuju. Il est fortement lié à l'irruption du monde d'en-haut (Hanan-pacha) et il s'aventure plus loin que la seule causalité. C'est comme si l'on entrait dans un temple et que tout s'éclairait d'un seul coup, instantanément. On n'écoute plus seulement l'intériorité et son propre esprit, mais c'est tout l'environnement qui devient pure écoute et miroir. Il se produit une union intime et indivisible entre le visible et l'invisible, le matériel et l'immatériel, le conscient et l'inconscient. Le Chuju apporte une autre perception de la vie. Libre de la localisation sur soi, nous faisons l'expérience de la communauté (le Chuju). Même les problèmes les plus grands - que l'on perçoit ainsi à partir de la perspective individuelle - perdent de leur importance en étant vus à partir de la perception communautaire ou panoramique.
    Il se produit à Tiwanaku un phénomène sur lequel, à ce jour, je n'ai rien lu ni entendu. Les constructeurs de la cité sainte avaient, nous le savons, une connaissance très approfondie des technologies acoustiques. J'ai dû me rendre au moins une dizaine de fois sur les lieux. Comme tout le monde, je me suis amusé à murmurer des paroles dans le temple de kalasasaya, pendant qu'une personne, placée de l'autre coté du mur nord, à environ 50 mètres de moi, pouvait à son grand étonnement, entendre tout ce que je disais, en écoutant à travers un trou dans le mur, percé en forme de conduit auditif. Mais ce qui est plus étonnant encore et que personne ne remarque, tant on est peu enclin à l'écoute de l'environnement, c'est qu'il règne sur l'ensemble du site une sorte de silence palpable et matériel, que même les cris des écoliers ne parviennent pas à effacer. Simplement, les bruits se superposent à ce silence palpable qui ne disparaît pas. Si un jour vous visitez cet endroit, soyez attentif à ce silence étonnant, à cette vibration muette et permanente de l'air. C'est le Chuju, que le génie technologique indigène de Tiwanaku est parvenu à rendre palpable de façon surprenante.
    Pour conclure ce billet qui a déjà largement dévié de son objet initial, je souhaiterais revenir sur la question des deux moitiés du monde et du miroir cosmique. Son rôle est extrêmement important dans la médecine kallawaya. On ne se contente pas seulement de soigner des symptômes ou des effets, mais on tente toujours de remonter de cause en cause, jusqu'à l'origine du mal dont souffre le sujet traité. L'une de mes premières patientes occidentales s'appelle Emmy. Elle se trouvait depuis plusieurs mois en Bolivie et souffrait constamment de problèmes physiques. Cheville foulée, vomissements, diarrhée, fièvre, maux de tête, etc. Les symptômes avaient peu de rapport entre eux et ne suffisaient pas à expliquer les synchronies malheureuses qui la frappaient souvent. Nous supputions des causes autres que physiques à son mal. Grover et moi aurions pu nous contenter de soigner un à un les problèmes de diarrhée et autres, car il existe des plantes très efficaces pour cela. Toutefois, lorsque nous l'interrogeâmes, Mama Coca conseilla de pratiquer un recouvrement d'âme et donc, de soigner tous ces maux à partir de l'autre coté du monde, sur le terrain de l'invisible. Les feuilles sacrées indiquaient que la patiente souffrait d'une perte d'âme, à cause du décès de sa grand-mère, survenu au début de son voyage en Bolivie. Venait se greffer sur ce décès une autre perte d'âme, occasionnée par une chute lors d'un voyage à Machu Picchu. Mon esprit occidental était quelque peu sceptique sur l'efficacité de l'opération. Si je la sentais nécessaire, j'imaginais qu'elle ne suffirait pas et devrait être complètée par une prise de médecines kallawaya. Je n'envisageais pas de pouvoir soigner une maladie à partir d'un rituel seulement et j'aurais plutôt penché pour une solution mixte, associant rituel et remède à base d'herbes. J'avais aussi à l'esprit la restriction posée par Ina Rösing quant à l'efficacité de ce qu'elle appelle "la guérison symbolique". Pour opérer une guérison symbolique efficace, le thérapeute et le patient doivent, selon cette auteure, partager le même univers symbolique. Or, ce n'était pas du tout le cas pour Emmy et les kallawaya. J'ai pourtant assisté à la guérison symbolique la plus rapide et la plus efficace de toute mon existence, sans autre remède que le rituel. Non seulement le recouvrement d'âme fonctionna parfaitement, mais dés la fin du rituel, tous les symptômes spectaculaires dont souffrait Emmy cessèrent, alors même que nous redescendions en courant et en riant de la montagne sacrée. Plus de diarrhée, plus de maux de tête, rien. Ceci montre que dans des situations particulières, les rituels peuvent à eux seuls, guérir certaines maladies. Cela souligne également l'importance que peut avoir dans le monde andin, l'exploration de la partie invisible et souterraine des choses.


    Sur le lieu sacré d'Icallurin dont ma famille kallawaya a la garde, Emmy effectue une challa ou "libation". Elle offre de l'alcool à l'aide d'un coquillage et d'un oeillet. Elle le fait à l'adresse de l'esprit des montagnes sacrées ou Machulas, ainsi que de la Pacha Mama.

    Totalement immergée dans le rituel, Emmy est en train d'offrir une cigarette au Machula Tata Akamani. Elle parle avec lui, tandis que le maestro Grover prépare sur ma veste les premiers éléments d'une mesa ou "offrande".
    La photo souvenir d'Emmy, en compagnie du médecin kallawaya Grover Quispe Tejerina.
    Retour en pleine forme, rue Sagarnaga à La Paz (Bolivie). Une belle récompense ce sourire... Les photos sont reproduites avec l'autorisation de mon amie Emmy.

10 commentaires:

Anaël Assier a dit…

hey hey hey, voilà un bel article.

Hello,
Le truc du son, est-ce quelque chose de semblable à ce qu'on trouve dans certains édifices religieux occidentaux, genre le confessionnal des lépreux ?

A Bientôt, je repasse lire plus en détail quand j'ai le temps.

A

JL a dit…

Hola amiguito ! C'est ça. Sauf que c'est un édifice en plein air et à une époque bien antérieure au temps des cathédrales. Au niveau acoustique, le truc le plus curieux à Tiwanaku reste ce silence qui "assèche" les sons et qu'on "entend" partout sur le site. Mais bon. Je le décris très mal.

Je mets un lien à la suite pour qu'on comprenne de quoi tu causes concernant les sons :

http://auriol.free.fr/psychosonique/ClefDesSons/confessionnal-lepreux.htm

Anaël Assier a dit…

Me revoilà

"J'avais aussi à l'esprit la restriction posée par Ina Rösing quant à l'efficacité de ce qu'elle appelle "la guérison symbolique". Pour opérer une guérison symbolique efficace, le thérapeute et le patient doivent, selon cette auteure, partager le même univers symbolique".

Je ne la connais pas Ina Rösing, mais son truc du même univers symbolique, c'est vaste. Un peu trop à mon goût même.
Qu'est-ce qu'elle entend par là ?

Et puis ça renvoie un peu toujours à la même question du truc de l'esprit. Où commence mon esprit ? et où finit le tien ?

Dans le même genre, où commence ma culture, et où finit la tienne ?

Même dans le cas d'une cristallisation quasi structurelle du genre monothéisme exacerbé qui malgré lui en vient à se faire "soigner" par de l'animisme je vois pas trop les limites.
Prenons Mama Cocha, même un intégriste pure souche pourra dans ses strates un peu plus souples y reconnaître la Vierge.

Plus j'y pense et plus je me dis qu'au final seul la "volonté" de "guérir" compte. Et seule son absence peut véritablement faire obstacle.
Qu'en dis-tu ?

Kroum a dit…

Je trouve que c'est trop joli ^^

JL a dit…

Amiguito Anael, j'en dis que la patiente a guéri et que je reviendrai plus tard sur la "guérison symbolique", étudiée à l'université par Sandner (1979), DOW (1986), Moerman (1979, et Rösing (1995)...

Anaël Assier a dit…

Et bien j'attends de te lire sur le sujet.
Au passage, une question.
Les limites culturelles relatives aux guérisons symboliques ont-elles quelque chose à voir avec l'expression "saut de paradigme" que je croise sur quelques blogs ?

A

JL a dit…

Je ne crois pas et tu noteras que je n'utilse pas cette espression. Appliqué dans le cadre de la chaos-magick, le terme "saut de paradigme" qui semble si innovant n’est tout simplement qu’une idée empruntée par Carroll à la physique, notamment à l’école pragmatique américaine de William James, Clarence Lewis, John Dewey... C'est le modèle qui domine en physique à l'heure actuelle. On se rend compte que tel phénomène s'explique bien selon le paradigme de la physique classique, tandis que tel autre s'explique mieux selon la physique quantique. Par conséquent, on navigue d'un modèle à l'autre, selon la nature du phénomène étudié. Carroll en a extrapolé le "saut de paradigme"
magique, lequel envisage les traditions, spiritualités et autres, sous la forme d'un self service. Les éléments utilisés ne sont pourtant pas des paradigmes mais des petits éléments que l'on isole de la tradition concernée. Tu as besoin de calme invoque le Bouddha, tu dois mener un combat invoque le dieu guerrier de telle autre tradition. Tu n'as pas besoin de tout le paradigme mais seulement de la partie concernée. Il suffit d'observer les rituels proposés par la chaos-magick pour noter qu'il s'agit seulement d'emprunts superficiels. Cela conduit à une utilisation consumériste des traditions sur fond de "matérialisme spirituel".

JL a dit…

Sinon, sur la "guérison symbolique", je viens de trouver ceci, qui va m'éviter d'écrire sur le sujet :

http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/2007/01/voyageurs_du_ch_2.html

Il y a des confusions de niveau de logique dans ton avant dernier propos. "Où commence mon esprit et où commence le tien" certes, mais si, en visite chez les papous, tu tombes sur un gosse voulant assimiler ton sperme pour bénéficier d'une qualité qu'il a remarquée chez toi, la barrière culturelle, tu vas la ressentir violemment.

De même, pour qu'un symbole soit efficace, il faut qu'il ait du sens pour toi et ça évoque quoi, dans ton esprit, un "foetus de lama" ? Comme l'explique Sandner, il doit passer du statut de CHOSE à celui de SYMBOLE (porteur de sens), pour avoir quelque impact dans ton inconscient.

A moins de bénéficier d'une formation à cette tradition et d'explications nourries, ce n'est pas transculturel et il y a besoin de procéder à des adaptations ou de renforcer d'autres domaines de l'efficace pour que la méthode puisse "voyager". C'est tout-à-fait possible cependant.

Nous sommes deux kallawayas occidentaux en Europe, habilités à exercer. Rösing y renonce et s'en tient à l'approche universitaire, justement en évoquant la limite de la transculturalité. Cependant elle le fait par principe et sans se fonder sur l'expérience auprès d'occidentaux, puisque tous les cas par elle étudiés (plus de 300), sont intraculturels et qu'elle constitue le seul cas de transculturalité auquel elle puisse se référer. Pour ma part, j'ai choisi de répondre aux demandes qui me sont faites, en me fondant sur les cas multiples de patients occidentaux et locaux que j'ai pu rencontrer tant en Bolivie qu'ici et en reparamétrant certaines données.

Reste donc à trouver pouquoi ça marche et pas seulement dans le domaine de la guérison ? Ainsi l'envoûtement. On connait le cas du touriste parti en vacances en Afrique et revenant avec le mauvais oeil, ou ramenant une sculpture dont l'effet est indésirable.

Plutôt que la volonté, j'évoquerai la foi, ainsi que le prestige dont jouit telle et telle culture exotique. Le fait même qu'on lui prête un grand pouvoir est impactant.

Il y a de toutes façons la démarche, le fait que le patient fasse l'effort de venir s'adresser à un chaman d'une tradition reconnue, alors même que son univers culturel ne s'inscrit pas dans cette tradition. C'est indicateur d'un pouvoir et d'une confiance que l'on accorde au paradigme sollicité. S'ajoute à cela la confiance perdue en son propre paradigme et sa dévalorisation. Par exemple le catholicisme (la confession et la consultation du directeur spirituel est une "guérison symbolique" dans le paradigme chrétien). Dans ce cas, il est possible que la transculturalité constitue un atout plutôt qu'un handicap.

Le cas d'Emmy, cité dans mon article est assez exemplaire, tout simplement parce que cette patiente s'est montrée extraordinairement bien placée dans son approche. Nous savions, dés les premiers instants du rituel, que cela allait être un très beau succès.

Anonyme a dit…

Belle photoa et jadore larticle je suis volivien adoptem de cochabamba . Je ne connais presque pas ma culture . Maintenant je men rapproche beaucoup merci JALLALLA bOLIVIA

JL a dit…

Muchas gracias jilata. Jallalla Bolivia !

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