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lundi 8 octobre 2007

PERCEPTION


Je suis la mer, les étoiles, le vent, la pluie,

Je suis tout ce qui possède une forme, puisque la forme est la vision que j'ai des choses.

Je suis tous les sons, puisque le son est l'audition que j'ai des choses.

Je suis toutes les saveurs, tous les arômes, toutes les textures, puisque le perceptible est ma perception des choses et que toute perception est mienne.

Toutes ces choses n'ont pas d'autre existence, et moi non plus, puisqu'elles sont ce que je suis et que je suis le même qu'elles.

Il n'existe absolument aucun autre, et il n'y a pas non plus de moi.

Quand le bousier voit, c'est moi qui regarde.

Quand le condor étend ses ailes, c'est moi qui m'étire.

Quand le jaguar bondit, c'est moi.

Quand le cerf brame, c'est encore moi.

Mais lorsque je me cherche moi-même, je ne peux rien trouver,

Puisqu'il n'y a aucune chose qui puisse être vue.

Le bousier, le condor, le jaguar et l'Hôte-Cerf,

Tiennent un même discours muet,

Car nous ne sommes ni trois, ni deux, ni un.

Lorsque je vois, tout ce que je suis est "vision".

Lorsque j'entends, tout ce que je suis est "audition".

Lorsque je sens, tout ce que je suis est "sensation".

Lorsque je comprends, tout ce que je suis est "compréhension".

La véritable vision est non-vision où nul ne voit.

La véritable audition est non-audition où nul n'entend.

La véritable action est non-action où nul n'agit.

La véritable pensée est non-pensée où nul ne pense.

Par conséquent, la plénitude d'action est plénitude d'absence de celui qui agit,

Et seule la spontanéité est au-delà de la volonté,

Puisqu'elle est dépourvue de moi.

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Note : Toute sensorialité est une porte d'accès à cela. Le son n'a pas de sens indépendamment de son audition et la connaissance est dépourvue de sens indépendamment du connaissant. L'audition du son et la connaissance du connaissant sont des perceptions sensorielles, c'est-à-dire des sons et des connaissances objectifs, bien que la source de l'audition, de la connaissance et de toutes les perceptions sensorielles ne soit autre que le sujet. C'est pour cette raison que chaque son et chaque mode de perception sensorielle ont le pouvoir de nous ramener à la source, tout comme l'ombre nous ramène au corps qui la projette. Ceci est, techniquement, l'explication de ces nombreux cas d'illumination qu'exposent le taoïsme et le bouddhisme, où la simple vision d'une branche de cerisier, le simple son d'une cloche, peuvent servir de déclencheur.

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