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lundi 18 mai 2009

INSUBORDINATION


Merci de votre courriel mais vous faites erreur. Je ne crois pas avoir jamais dit, ni hier ni aujourd'hui, que j'étais un magicien du chaos. De plus, les textes libellés magie inconnue n'ont aucun rapport avec cet occultisme. Vous voulez des conseils, savoir ce que j'en pense, comment je me positionne, ainsi que des informations sur les chamans d'ici. Aussi vais-je plutôt répondre publiquement à votre message, afin de dissiper un malentendu qui semble assez répandu et pour que cela soit clair pour les chaotes eux-mêmes.

La chaos-magick n'avait déjà pas d'importance à mes yeux alors que j'étais en France ; elle en a moins encore depuis que je suis en Bolivie. J'en ai dejà formulé quelques critiques en 2005, très mal accueillies, pour me rendre compte quatre ans plus tard que ceux qui les avaient mal prises avaient fini par en reprendre les arguments afin d'améliorer leur pratique. C'est que les chaotes sont plutôt rigides, lents, quelque peu dogmatiques et très entropisés. Ils changent rarement de focale. Vue depuis la Bolivie - puisque vous me demandez ma position je me localise - la chaos-magick est un gadget occidental pour personnes rêvant qu'elles ont un super-pouvoir sur le monde. C'est le rêve même de l'Occident, dont on connaît les résultats. Il ne s'agit donc pas de l'invention géniale d'une modernité que tous les ploucs boliviens admirent, mais plutôt celle du vieux monde aux modèles usés et sur le point de s'éffondrer, tant il est figé et incapable d'alternative. Ici tout peut changer ; là-bas, dans le vieux monde, tout est solidifié et entropisé. La magie du chaos est donc aussi inutile ici que peut l'être Hakim Bey. Elle est minuscule, lointaine... et puis, sorti de l'internet et de la nébuleuse virtualité, la chaos-magick n'existe pas.

Le genre de question qui se pose à moi maintenant ne concerne plus ce monde mais celui oú je vis. Maintenant que je connais ces deux merveilleuses traditions fermées aux occidentaux - ce qui est tout-à-fait normal vu la mentalité qu'ils exposent et ce qu'ils feraient de ces joyaux - je me demande comment ne pas être l'élément qui va attirer ici tout ce que la culture occidentale peut avoir de pire, autrement dit le mercantilisme, l'individualisme, l'immaturité, le new-age, le matérialisme spirituel, le néo-chamanisme, la superficialité et l'arrogance de se croire en avance ? Bien entendu, l'important n'est pas que je réponde à cette question mais que je me la pose, car elle ajuste l'action. Je ne suis pas un occidental voyageant ici afin de piller quelque chose que je vendrai à mon retour en France, tel le fraîchement nommé porteur de pipe lakota qui, rentrant au pays, y vend du chamanisme new-age et de "l'amour universel" - concept tout-à-fait étranger au monde indigène. Je ne suis même pas venu ici en nourrissant quelque espoir de rencontrer des chamans et des hommes de connaissance. Et c'est sans doute la raison pour laquelle j'ai trouvé l'inattendu ; ou plutôt, c'est lui qui m'a trouvé. Deux fois, en Juin et Octobre 2008, à Cusco et à Tarabuco, voyant comme en plein jour alors qu'il faisait nuit, je me suis dressé dans mon lit et j'ai vu don Camilo dans le patio de sa maison. Il ne s'agissait pas de rêveries mais de visions réelles, trés claires. J'ai eu avec lui des conversations muettes plus profondes que tous vos mots et vos poèmes. Des milliards d'informations précieuses circulaient dans chaque seconde de ce silence. C'était des mois avant de rencontrer Don Camilo en chair et en os. Et lorsque nous nous sommes croisés à El Alto, la reconnaissance fut immédiate. J'ai le souvenir que dans ces visions, Camilo et moi étions particulièrement heureux de la précision des perceptions de l'autre : enfin la réciprocité ! Voilà pourquoi je ne reviendrai pas. Ici je suis chez moi, loin de vos tricheries. Si vous voulez quoi que ce soit, sachez que cela ne vous est pas dû et que vous ne rencontrerez ici que ce que vous méritez : des chamans pour touristes. Excusez ma sévérité, mais je ne vous ferais aucun bien si je nourrissais en vous quelque espoir.

En parlant de ces choses, je suis obligé de faire très attention à ce que je dis. Les traditions qui m'ont ouvert la porte se protègent des occidentaux, loin des circuits du sacré business. Vous devez savoir qu'en marge des tours opérateurs du chamanisme, on se protège de vous, vous êtes une pollution et n'êtes pas encore un être humain. Votre attitude s'ajustera si vous savez cela et comment les chamans, les vrais, vous considèrent. On fait du commerce avec ce qui ne vaut rien. Mais on ne peut rien faire de ce qui n'a pas de prix. Ceux qui veulent recevoir ce qui n'a pas de prix, qu'ils fassent tout simplement ce que j'ai fait sans savoir : avoir parfaitement confiance en la magie, ne pas craindre de s'engager dans l'Inconnu. Ne rien attendre. Le pouvoir parle dans le silence et il ouvre les yeux de ceux qu'il choisit. Désolé si cette réponse vous déçoit mais c'est la seule que je puisse donner.

Ici, le chamanisme et le curanderismo sont des traditions bien ancrées. Ce n'est pas une chose à part dont on ne parle pas dans la vie courante et que l'on cache à son employeur, comme c'est le cas en France. J'ai été très surpris de cela au début. Dans la rue oú j'habite, des personnes m'arrêtent parfois pour me demander de rappeler une âme, guérir un malade ou faire une mesa. Qui leur a dit que je suis le kallawaya khjanchis koramanta, le kallawaya à sept plantes ? Je suis le plus petit et le moins savant des kallawayas, mais on me propose quand même d'assister aux fêtes et aux cérémonies spirituelles. Je ne suis pas dans le virtuel, je suis un agent magique et je me sens socialement responsable de cela. Mes amis chamans apprécient que je veille à les protéger des occidentaux, comme un guerrier prêt à bondir. Je suis souvent le premier à leur déconseiller d'accepter de répondre aux questions de tel ou tel quidam. Car ce que peut faire celui-ci, c'est de participer à un circuit chamanique avec un tour opérateur. Et ce que peut faire cet autre, c'est d'aller à la techno-parade qui a lieu sur l'île du Soleil. Il y arrachera sans doute le cactus sacré, pour faire un trip et il apprendra plein de choses qui lui permettront de frimer à son retour en France... Ma pensée est devenue indigène. Le passé est devant et le futur derrière, comme en langue quechua. Les ancêtres sont devant. Le chemin nait sous mes pas et vous n'apparaissez pas dans mes rêves. C'est tout dire.

Voyons maintenant plus en détail ce que je pense de la chaos-magick et en quoi cela n'a rien à voir avec les textes de magie inconnue (qui ne sont pas non plus LA magie inconnue). Je vais être obligé de développer un peu puisque cette semaine, il n'est pas passé de jour sans que l'on m'écrive pour me signaler que machin avait fait ça et que truc avait dit ça.

Vous pouvez chercher dans les textes de magie inconnue et vous constaterez qu'ils ne pratiquent pas les sauts de paradigmes et n'invoquent ni dieux ni déesses. Ils ne sont pas religieux et n'exigent pas de vous que vous soyez un croyant, même pendant cinq minutes, même le temps d'un rituel. Ils ne charient pas non plus d'imagerie occultiste derrière eux et sont totalement séculiers, dépouillés. Contrairement á une certaine chaos-magick francophone, ils évitent aussi de vous bourrer le crâne d'idéologie.

J'étais assis hier sur le trottoir vers 3 heures du matin, en compagnie de Don Camilo, dans le secteur Balivián de El Alto, cette ville extraordinaire et dangereuse oú l'âme indienne est comme un seul. Nous sortions juste d'un rituel et je lui disais adieu car il partait aujourd'hui pour le nord de l'Argentine. C'est très étrange El Alto la nuit. On est dans une ville de plus d'un million d'habitants et pourtant, les bruits nocturnes sont ceux de la campagne. Des chiens, un âne, une charrette. Je n'ai pas reconnu de suite le bruit de la charrette et Don Camilo a murmuré : " c'est le bruit d'une charrette vide ". "Comment sais-tu qu'elle est vide ?" ai-je demandé. "C'est comme les gens, plus ça fait de bruit, plus c'est creux". Eh bien, la magie inconnue n'a pas besoin de faire de bruit ni de publicité.

Les textes de magie inconnue peuvent donc sembler froidement techniques, mais ils échappent à l'écueil d'une idéologie libertaire non-questionnable et presque obligatoire. On n'y trouve pas d'a priori imbécile du type : toutes les religions sont aliénantes, il n'y a que nous qui soyions libres, tous les autres sont nuls, ceux qui ne sont pas en accord avec nous sont en retard, 99 % des mages sont des abrutis, l'ésotérisme francophone est une vieillerie papusienne... Bref, ce ne sont pas des textes infantiles. Il semblerait que dans ce milieu, il soit très mal vu de ne pas être anarchiste. Les autres peuvent avoir le droit de vous envahir de textes idéologiques, pas vous. Si vous placez un lien vers Reymondon, c'est sûrement que vous êtes stalinien. Si vous citez Nicolas de Cuse, c'est sûrement que vous êtes enfermé dans le théisme. Bref, ne bougez pas, rien n'est permis, vous êtes dans mon viseur. On aimerait bien que toute la chaos-magick soit formatée sur la pensée unique qui, en francophonie, l'a totalement captée. Sauf qu'il y a méprise : nous ne sommes pas des chaotes, n'avons aucune envie de l'être et estimons avoir le droit de faire ce que nous faisons sans que nous tombe dessus quelque inquisiteur libertaire. Le dogme anti-dogme est défendu avec plus de violence que tout autre dogme. À bien des égards, la chaos-magick se montre plus intolérante et fermée que bien d'autres courants. La moindre différence de vue entraînera une agression. On imaginera que c'est la guerre. Nos curés de campagne et nos bonnes soeurs peuvent donner des leçons d'ouverture et de tolérance au moindre de nos chaotes.

Voyez-vous, il s'agit de savoir si l'on vous présente de la magie ou de l'idéologie pour adolescents biphasiques encore en révolte contre leur père. C'est une question autrement plus lucidogène que celle d'une éventuelle inanité de la métaphysique en magie du chaos et autres cultes de la déraison. Vous pouvez commencer à comprendre la grande vacuité de l'affaire lorsque l'on vous présente une critique tellement documentée et si peu contaminée d'idées reçues qu'elle confond métaphysique et religion (voir à ce sujet le texte de Madame Irma). Kant est métaphysique, René Guénon est métaphysique, Abellio est métaphysique, Gillabert est métaphysique sans être le moins du monde religieux, Hakim Bey est métaphysique même quand il nous recommande de ne pas l'être, puisque l'ontologie dont il s'occupe est une branche incontournable de la métaphysique. Peter Carroll croit ne pas être métaphysique mais il se trouve que l'anontologie n'est pas autre chose qu'une posture métaphysique, au sens le plus exact du terme. Si l'on souhaite séparer la métaphysique de la magie sous prétexte qu'elle est religieuse - alors qu'elle ne l'est pas - et que l'on sombre en même temps dans l'idéologie dogmatique, c'est qu'on se mélange un peu beaucoup les pinceaux, n'est-ce-pas ?

Il se trouve que la physique quantique tend à s'accorder davantage à la métaphysique qu'aux idées occultistes bien vieillottes que conservent nos chaotes. Elle remet en question, et pas toujours dans le sens souhaité, les idéologies individualistes et les dogmes de magiciens attachés à la solidité de leurs conceptions. Si ceux-ci se prennent pour une onde ou une particule plutôt que pour celui qui les observe, c'est après tout leur affaire. Mais c'est surtout là, à mon avis, que trouvent leur source les vélléités anti-métaphysiques, mouvements d'humeur et réactions de croyants des chaotes de fraîche adoption en francophonie. Au moins Peter Carroll veut-il faire abstraction de la métaphysique pour de meilleures raisons.

Une fois bien posé le contexte de cette chaos-magick francophone, venons-en au dogme des sauts de paradigmes. Le saut de paradigmes est l'ultime astuce que l'on s'invente quand on est incapable de fonctionner vraiment sans béquilles. Prétendre que l'on fonctionne sans béquilles alors qu'on saute d'un paradigme à l'autre, d'une béquille à l'autre, n'est qu'une histoire qu'on se raconte. Sauter d'un paradigme magique à l'autre tout en gardant ses idées fixes est une chose que les magiciens du chaos savent parfaitement réaliser. Comme c'est le cas pour tous les autres paradigmes, vous pouvez pratiquer la magie du chaos en restant á l'abri dans vos certitudes idéologiques, libertaires, fascistes, artistiques, etc. Vous pouvez également appeler ceci "votre" identité. Vous pouvez trouver que c'est drôlement original de s'enfermer dans les antiquités occultistes, de tracer des hexagrammes en priant Babalon, la main sur votre T-shirt chaote.

Donc, pour notre part, nous ne perdons pas de temps avec le gadget du saut paradigmatique, surtout quand on lui prête des vertus déconditionnantes et libératrices qu'il n'a pas. Car le moment qui intéresse particulièrement la magie inconnue n'est pas celui oú vous êtes plongé dans un paradigme, mais celui oú vous êtes réellement en suspens, que vous soyez ou non dans un paradigme. Voyez votre vie d'ésotériste. Tout le monde a plus ou moins connu des moments brutaux de changement de paradigme : Vous étiez un fervent lecteur de la Cosmogonie des Rose-Croix de Max Heindel et vous découvrez soudain Le Théosophisme de René Guénon qui envoie tout cela promener. L'intérêt, ce n'est pas que vous deveniez guénonien par la suite, mais cet instant précis qui vous laisse sans repaire et qui dégage complètement l'espace. À cet instant précis, vous êtes ouvert à tous les possibles. Les moments oú vous avez le plus progressé, les instants oú vous avez été au plus prés de la magie inconnue sont peut-être ces précieuses situations oú vous étiez en suspens, des mois durant, sans avoir plus besoin de coller une étiquette à ce que vous faisiez, totalement ordinaire.

Comme vous le constatez, nous avons peu d'intérêt pour les objets de consommation. Lorsque je cotoie les paradigmes, je ne fais pas de matérialisme spirituel en les traitant comme des marchandises au service de la toute puissance du moi. Il n'y a rien de mystique dans la chaos-magick : le magicien du chaos est encouragé à cultiver une mentalité héritée de la société de consommation : être un consommateur de religion, comme l'écrit Spare.

Vous n'avez pas besoin de croire en quelque chose auquel vous ne croyez pas pour faire de la magie, car la confiance en la magie suffit. Si vous apprenez à cultiver cette confiance magique, vous n'avez plus besoin de paradigmes et plus aucun paradigme ne peut vous déranger. Il se peut même que les chrétiens vous prennent pour un chrétien, les bouddhistes pour un bouddhiste, les chaotes pour un chaote et les athées pour un athée, tout ça au même instant. Qu'il soit indispensable de faire appel aux égrégores et aux paradigmes, même scientifiques, est une croyance qui nous ramène en arrière, vers la magie connue. C'est aussi, pour les oripeaux de l'occulte, une façon larvaire de se perpétuer. Vous savez bien que, contrairement aux chaotes qui évoquent inmanquablement toute une série d'ordres occultistes quand on leur parle de "tradition", je n'ai jamais considéré les mouvements magiques nés depuis le XIXème siècle comme étant des traditions et je ne suis pas, mis à part un ou deux noms, admirateur inconditionnel des productions occultistes anglo-américaines. Ceci n'empêche pas les gens ayant choisi cette option d'entrer au contact de la lignée française ou espagnole puisque ce dont nous nous occupons n'a tout simplement rien à voir.

Si nous ne pratiquons pas les sauts de paradigmes, nous sommes en revanche intéressés par les ouvertures méta-paradigmatiques que présentent certaines grandes traditions du monde, les philosophies, les sciences et les arts. Lorsque Denys écrit : "Dieu n'existe qu'en tant qu'il n'existe pas", il crée une ouverture méta-paradigmatique vers l'Inconnu dans un cadre chrétien. Il n'est plus dans le concept : Dieu. Quand Socrate dit : "tout ce que je sais c'est que je ne sais rien", il crée le même type d'ouverture dans un contexte philosophique. Quand la physique quantique dit que cette particule est là mais qu'elle n'est pas là, elle crée une ouverture non-aristotélicienne dans un contexte scientifique. Les ouvertures méta-paradigmatiques sont ce qu'Austin Osman Spare a nommé les saints concepts intercalaires (traduction Sussan) ou les saints concepts intermédiaires.

Le saut de paradigme est le parasitage marchand et grossier d'un phénomène beaucoup plus important, lequel est en avance sur à peu prés toutes les tendances spiritualistes modernes, qu'il s'agisse des syncrétismes religieux, du new-age dont fait partie la chaos-magick ou des paganismes reconstructionistes. Je veux parler ici du nouveau polythéisme : celui-ci, sans être syncrétiste et tout en respectant les enseignements propres à chaque tradition, permet la constitution d'un panthéon inter-religieux global oú figurent aussi bien le Bouddha que la Pacha Mama et Jésus-Christ. Il n'est plus guère possible de nos jours d'être spiritualiste comme on l'était autrefois. Agrippa, dans une lettre à un disciple, pouvait encore lui conseiller de ne pas s'informer des autres spiritualités afin de ne pas être troublé. Mais aujourd'hui, l'espace s'est réduit, le temps s'est contracté et on ne peut pas faire le sourd : toutes les religions ont des contacts entre elles et des zones communes d'imprégnation. Elles sont toutes concentrées sur le même lieu et au même moment. D'un instant à l'autre peut apparaître sur l'écran de votre ordinateur le visage du Bouddha ou celui de Saint Jean de La Croix. Vous aimez lire Maitre Eckhart tout en trouvant les enseignements bouddhistes très parlants. Vous adorez Mc Kenna et Leary. Et si le kallawaya vous parle de la Pacha Mama, vous êtes touché en plein coeur et souhaitez participer à un rituel en son honneur, tout chrétien que vous puissiez être par ailleurs. Tout cela est donc en contact et les formes religieuses vous intéressent moins que ce qu'elles contiennent de spiritualité, de force, de sagesse. Vous êtes vous aussi à la recherche d'ouvertures méta-paradigmatiques. Vous ne faites pas un mélange, vous ne faites pas vos courses chez Super-Paradigma oú Peter Carroll vous attend à la caisse. Vous ne vous tournez pas vers ces choses uniquement pour y trouver une recette magique ou une jolie fille à baiser. Vous n'appliquez pas de guématrie anglaise au mot "Bouddha" en espérant y trouver la clef d'un contact extraterrestre. C'est donc pure confusion, si vous en déduisez que vous êtes proche de la chaos-magick et pratiquez le saut de paradigme. Ce que vous faites est simplement ce que vous faites. C'est tout. Vous n'êtes pas dans le superficiel qui ne change rien au vital (Spare).

Si vous êtes un suiveur, la chaos-magick se nourrit de votre propre système et le vampirise. Vous êtes seul ou à plusieurs, vous pratiquez un système magique qui vous est propre et dans lequel vous ne vous sentez pas du tout obligé de suivre les contraintes de telle ou telle école. Parallèlement, vous participez également aux activités d'autres groupes. Pourquoi en déduisez-vous que vous êtes chaote alors qu'aucun des dogmes chaotes n'est susceptible de vous apporter quoique ce soit ? S'il y a dans la chaos-magick quelque chose pouvant vous intéresser, prenez-le. Mais admettez le fait que vous pratiquez votre propre magie, acceptez le vide définitoire et sémantique, lâchez réellement prise, ne vous définissez pas et vous serez plus proche que jamais de la magie. Vous cesserez alors de répéter ce que font les autres, de les copier, de les remâcher, de les traduire, de les resservir et d'adorer les dieux morts et inutiles de l'occultisme contemporain.

Fra. Grand Poobah a pu écrire : " il n'existe rien de tel qu'un magicien du chaos per se ". Il fut un temps oú l'on pouvait trouver un discours intelligent sur la chaos-magick. La magie du chaos est un faire, pas un état. La chaos-magick existe depuis longtemps en France. Les premiers textes en lien avec ce courant ont été proposés par R. Sussan en 85, dans la revue Devil Paradise de Thillier et Pissier. Puis apparaîssent les nombreuses traductions proposées par Christian Bouchet et ses amis. Article aussi dans la revue l'Originel, jusqu'à ce qu'en 99 nous décidions avec Pissier de mettre à disposition sur le net les premières traductions systématiques. Pas besoin d'en faire des tonnes car peu de textes suffisent à comprendre de quoi il s'agit et à pratiquer en toute autonomie. Nous pensions à l'époque qu'il valait mieux orienter les gens vers autre chose que des ordres magiques. Et de toute façon, la chaos-magick est un excellent moyen de débuter en magie. Pourtant, aucune des personnes que je viens de citer ne s'est dite chaote ou "magicien du chaos". Tout simplement parce que cela permet d'échapper à l'entropisation, évitant d'enfermer l'impétrant dans un modèle de conduite permanent. Il y a plus d'avantages à ne pas être chaote et à pratiquer la chaos-magick qu'à se dire chaote et s'entropiser dans le formatage dogmatique de la chaos-magick.

Il existe des rites dans la magie inconnue mais ceux-ci ne sont pas connus et n'empruntent pas aux paradigmes magiques occultistes. Nos rites naissent de l'instant, ici même, et sans aucune préconception. Bien qu'il en existe aussi, il n'y a quasiment pas de rituels préconçus dans la magie inconnue, contrairement á la chaos-magick oú l'on ne trouve que ce genre de production figée et prévue d'avance. Si la magie du chaos célèbre des rituels en vue d'atteindre certains états, la magie inconnue est l'état magique lui-même et c'est au sein même de cet état que nait le rituel et la célébration. En lisant les textes de magie inconnue, vous décelez la présence d'éléments de métaphysique quantique répondant á des questions sur le temps, l'espace, la localité, l'identité, le chaos, la fixation, la créativité, etc. Nous nous intéressons raisonnablement à ce que les sciences et les métaphysiciens ont à dire sur le chaos. Ces éléments de métaphysique quantique sont utilisés non comme des spéculations, mais comme des opérations et des concepts intermédiaires. La seule métaphysique qui vaille la peine d'être utilisée en magie est, selon nous, la métaphysique opérative et descriptive et non la métaphysique spéculative et normative. En ce sens, un auteur comme Hakim Bey est manifestement spéculatif et non-pragmatique. C'est une prose universitaire portant sur des idées brillantes, mais nébuleuses, exactement le genre de lecture dont les esprits universitaires raffolent. Mais on ne peut confondre prose universitaire et poésie. Notre métaphysique décrit, bien que ce soit tout relativement, l'état dans lequel se trouve le magicien, ce qu'il en est de sa sensation de localité, de temporalité et de causalité. Son rôle n'est pas d'expliquer la magie mais de l'exprimer.

Un exemple de métaphysique opérative et d'ouverture méta-paradigmatique dans les cultures traditionnelles est le KOAN. Lorsqu'un occidental découvre la technique des KOANS, il en tire souvent des conclusions erronées et confond chaos et n'importe quoi, chaos et déraison. Il faut dire que nous vivons à une époque formidable oú il suffit de lire trois livres sur le zen pour être persuadé que l'on connaît non seulement le zen, mais aussi le satori.

Parce que le KOAN conduit celui qui l'étudie á un instant oú le mental rationnel saute, on en déduit que cet instant est pure folie et irrationnalité. Un KOAN est une phrase provenant des écritures bouddhistes ou d'un épisode de la vie d'un ancien maître zen qui ouvre à la nature ultime de la réalité. Il est possible que cette nature ultime soit l'absence de nature ultime, mais cette découverte n'en est pas moins ultime, soudaine et extrêmement précise. Étant donné le caractère paradoxal des KOANS, ceux-ci ne peuvent être compris au moyen du mental rationnel et exigent que nous fassions un saut au-delà de la pensée conceptuelle pour pouvoir atteindre un autre niveau de compréhension. Il s'agit bien ici d'une compréhension, et pas de n'importe quoi fait n'importe comment par n'importe qui. Car lorsqu'un occidental qui ne connait de logique que la logique aristotélicienne est confronté au KOAN, l'effet déconnecteur de celui-ci peut lui faire penser que l'instant d'ouverture qui s'en suit est au moins aussi imprécis et flou que ce que les magiciens du chaos appellent "état de gnose". Ce n'est bien sûr pas le cas : si le KOAN n'obéit pas á la logique aristotélicienne, il n'est pas imprécis pour autant. Derrière un KOAN, il y a toute l'efficacité et l'exactitude de la logique de la prajnaparamita, qui n'est pas moins logique d'être non-aristotélicienne et non-linéaire. L'état dans lequel se retrouve le moine quand il comprend la nature du KOAN est donc extraordinairement précis, aussi non-mental et inconnaissant soit-il. Comme le signale la physique quantique, il y a un ordre sous-jacent au chaos, une logique implicite qui n'est pas celle que nous connaissons. Dans l'état qu'amène la compréhension du KOAN, il est très exactement mis fin aux quatre positions et aux cent négations. Il ne suffit pas d'adopter un réponse déconnectrice et de tomber dans le pipi caca infantile pour être chaotique ou pour paraître Tao. L'Inconnu est très précisément inconnu. Si l'on compare les textes de chaos-magick et ceux de la magie inconnue, on se rend bien compte que celle-ci, aussi inconnaissante soit-elle, est infiniment plus précise et rigoureuse.

Prenons un autre exemple de mécompréhension et parlons de la "gnose". Dans la magie du chaos, ce concept est flou et brouillé, ce qui conduit á commettre des erreurs plus que grossiéres. Ainsi, Madame Irma, qui tout-à-l'heure faisait de la métaphysique, va nous parler maintenant des états de gnose. N'allez pas croire que je fasse une fixation sur le cas de cette dame. C'est simplement que j'ai son texte sous les yeux en vous répondant et que je le commente. Voyons ce que Madame Irma, devenue chaote, nous raconte sur la gnose : Vous comprenez, dira-t-elle, la gnose c'est fait pour servir à quelque chose et si vous la recherchez pour elle même, c'est que vous confondez la fin et les moyens. Bref, toutes les traditions orientales et occidentales, composées selon elle à 99 % d'abrutis, se trompent. Évidemment, pour qui connait l'état magique (et non pas les petites transes que Madame Irma appellerait sans doute "état second" et qu'elle confondrait volontiers avec le non-moi, au moins aussi facilement qu'elle assimilerait la vacuité au simple fait de ne pas penser), ce genre d'appréciation indicatrice du degré zéro de la magie ne peut que faire sourire, tout comme sourirait le chrétien auquel on dirait : " La prière, vois-tu, ça sert à obtenir quelque chose de Dieu. Pourquoi donc prie-tu simplement pour prier au lieu de demander une voiture neuve ? " De toute évidence, une personne parlant ainsi de la prière n'en connait pas la nature et n'est pas du tout au fait de ce que peuvent être les états mystiques, voire métaphysiques, que l'on peut y trouver. De plus, on retrouve encore ici l'attitude consommatrice et mercantile qui caractérise la chaos-magick, fidèle reflet d'une sociéte occidentale oú n'existe plus qu'une seule caste : celle des commerçants et une seule idéologie : celle de l'économie. Mais il n'y a pas que Madame Irma qui soit imprécise. Voyez ce qu'écrit le Lincoln Order of Neuromancers au sujet de cette gnose mal nommée, répètant plus ou moins les inepties de Peter Carroll : " La Gnose est la clé des capacités magiques, l'accession á un état intense de conscience connu de nombreuses traditions sous le nom de Non Esprit, le Point Unique ou le Satori. La conscience est vidée de toute information excepté l'objet/sujet de la concentration." Le Point Unique, le Non Esprit, le Satori, ça fait sans doute très bien, très sérieux, très puissant, de citer ces termes qui nous mettent à égalité avec les grandes traditions, mais quand on ajoute ensuite qu'il s'agit d'une concentration, c'est qu'on a visiblement pas approché de ce que les japonais appellent Satori. Ou plutôt ne l'a-t-on qu'approché, au travers de ce superficiel qui ne change rien au vital. Madame Irma ne sait probablement pas grand chose non plus du Non Esprit lorsqu'elle s'offusque que certains puissent faire l'éloge du ne pas être. Pour ma part, je fais parfaitement la distinction entre l'état second oú Madame Irma réalise une voyance et le Satori oú rayonne l'ainsité. Je fais une différence entre l'état entre veille et sommeil et jagrat-sushupti, entre extase et transe, entre état hallucinogène et état lucidogène, entre méditation et transe, etc. Il n'est guère étonnant que Madame Irma, qui ne connait que l'état second, puisse rire du non-mental et du non-moi, puisqu'elle ne sait tout simplement pas de quoi elle parle. Il y a un réel problème de flou quant au mot gnose dans la chaos-magick. La simple division entre gnose inhibitoire et exitatoire est insuffisante. Certains sont conduits à porter des jugements sur les états supérieurs de conscience à partir du petit état second qu'ils connaissent et l'on assiste alors à toutes sortes de confusions et de glissements. Le satori ne sert pas à faire de la voyance, désolé. Les démons de Lovecraft n'apparaissent pas dans l'état de jagrat-sushupti, désolé. Mais entre veille et sommeil, certainement. Lorsque vous franchissez l'abîme, vous n'êtes pas dans le monde des images, désolé. Si vous prenez du LSD, oui. Il y a une telle variété d'états de conscience que la division binaire de la gnose chaote n'est pas du tout un outil pratique. Le Peyotl, l'Ayahuasca, le San Pedro provoquent tous des états très différents les uns des autres et le concept de gnose ne peut rendre compte de ces différences. Il manque une carte, mais on peut se demander si cela n'arrange pas au contraire le chaote, de pouvoir faire passer une simple cuite pour une illumination transcendante et un état second pour un satori.

Je ris, je ris, mais il faut tout de même prendre conscience ici de l'extraordinaire difficulté que l'on éprouve quant à une appréciation lucide des états de conscience. La chaos-magick n'est pas seule à se leurer sur ce sujet. Mais si vous pensez qu'il suffit " de pratiquer un tant soit peu le yoga, la méditation, le chamanisme, ou la magie pour comprendre que cet arrêt momentané de la pensée, est le moyen d'atteindre un état de conscience particulier permettant lui-même telle et telle chose (par exemple la voyance ou la projection de la volonté magique) et non un but en soi ", je vous en félicite ! Mon ami Jaïs a eu l'idée de faire venir en Aleyrac une bonne quinzaine de personnes, au tout début oú je le connaissais (2002). Il s'agissait de personnes s'intéressant un tant soi peu au yoga, au chamanisme, à la méditation. Une séance de méditation est proposée, tout le monde s'installe. J'hallucine. C'est donc cela qu'on appelle méditation dans ce milieu ? Arrive mon ami Philippe N. plus de trente ans de méditation quotidienne. Il s'asseoit avec le groupe. Posture impeccable, esprit impeccable, méditation impeccable. Quelqu'un dit tout bas : "il se prend pour le bouddha celui-là ou quoi ?" La compétence est mal vue. La médiocrité est encouragée. Tout le monde sait ce que tout le monde sait et si vous prétendez en savoir davantage, malheur à vous. Philippe ne fait pourtant que méditer, comme Paco, comme Sergio, comme beaucoup d'autres, depuis trente ans et plus, tous les jours. Il faudrait peut-être lui dire que la méditation ça sert à faire de la voyance et que toute personne sachant un tant soi peu méditer le sait, sauf lui.

Bien, cette lettre est déjà très longue et je n'ai abordé que quelques points litigieux concernant notre objet. Il y aurait quantité de commentaires à faire encore mais je n'en ai pas le courage ni le temps. Sans doute continuerai-je dans d'autres textes à modifier au passage telle ou telle perspective. Par exemple le mythe du renforcement positif en chaos-magick et sa psychologie douteuse. Il paraît que plus on s'attribue à soi-même la réussite en magie, mieux elle fonctionne. Or, c'est exactement le contraire qui se produit. Ce renforcement positif, si utile en d'autres circonstances, est une belle absurdité en magie car il n'y a pas que les sigils qui fonctionnent comme des sigils. Toute la magie fonctionne comme les sigils. Toute la métaphysique fonctionne comme les sigils : par l'oblique et l'utilisation positive du refoulement. Tous ceux qui veulent être des maîtres disent qu'ils ne sont pas des maîtres. Toutes les sectes qui veulent être des sectes disent qu'elles ne sont pas des sectes. Tous ceux qui veulent vous dogmatiser se disent non-dogmatiques. Tous ceux qui cherchent l'immortalité meurent. Tous ceux qui veulent sauver leur vie la perdent. Dans le bouddhisme tibétain qui insiste tellement sur le Non-Moi, on trouve paradoxalement un phénomène rare parmi toutes les religions : un panthéon totalement fait d'êtres humains, totalement anthropomorphique. Tel est le SIGIL. Nous recommandons pour notre part de ne jamais s'attribuer à soi-même un quelconque pouvoir magique. Tout d'abord, cela évite de ressembler à un mage à l'ego boursoufflé et entropisé, qu'il soit chaote ou de la Golden Dawn. Ensuite, cela permet au pouvoir d'évoluer librement et sans captation, de sorte qu'il ne diminuera pas à cause de notre saisie consciente. Et pour finir, cela rend le pouvoir au pouvoir : l'effet de la magie est dû à la magie. En attribuant tout simplement la magie à la magie, vous êtes dans la non-localité quantique, vous êtes dans le Je atmosphérique et vous renforcez votre confiance déjà immense et pleine d'élegance en ce miracle de l'Inconnu. Plus vous attribuez la magie à la magie, plus sa puissance grandit et se déploie magnifiquement, périphérique, palpable, orbitale. Ce n'est pas vous qui êtes puissant, c'est non-vous. Et l'univers vous le démontre chaque jour par son indifférence.

Merci de m'avoir donné l'inspiration de cette lettre, bien qu'elle soit très incomplète.

H-C

8 commentaires:

Anaël Assier a dit…

ça cartonne trop au niveau des réponses pour que vous puissiez les publier ... ou vous les avez laissé sans voi(e)x ?

Anaël Assier a dit…

La Bolivie sur un baril de lithium

il y a 1 heure 11 min
Libération.fr



Pour bien voir le trésor qui dort sous la croûte de sel, il faut d'abord plisser les yeux. Reflétant un soleil assassin, l'immense tapis de sel, d'une blancheur immaculée s'étend à perte de vue et courbe l'horizon. Nous sommes sur le salar d'Uyuni, le plus grand désert de sel au monde. Une superficie de 12 000 km2, l'équivalent de deux départements français. Perché dans les Andes à 3 650 mètres d'altitude, le salar est à 540 kilomètres au sud de La Paz, la plus grande ville de Bolivie. Lire la suite l'article

Le trésor, c'est un métal mou et léger nommé lithium, présent en très forte concentration dans les saumures. «Pour obtenir du lithium, il faut d'abord creuser de grandes piscines d'évaporation. Ensuite, les saumures sont transportées à l'usine où l'on obtiendra du carbonate de lithium grâce à un procédé chimique», explique Guillaume Roelants, qui suit le dossier au sein de la Coopérative minière bolivienne (Comibol), la société publique des mines.

A ses côtés, malgré la chaleur écrasante, des ouvriers sont en combinaison et passe-montagne pour éviter les brûlures du soleil. Guillaume Roelants a fait venir de La Paz une scie circulaire électrique pour découper la croûte de sel et réaliser des tests. «Nous voulons faciliter le travail de nos hommes. Jusqu'ici, ils devaient tout faire à la pioche», raconte-t-il. Le lithium était déjà utilisé dans l'industrie pharmaceutique pour soigner les troubles bipolaires (psychoses maniaco-dépressives) et dans la haute technologie pour les batteries des téléphones et ordinateurs portables. Mais ce qui pourrait bouleverser l'économie locale, ce sont les voitures hybrides ou entièrement électriques, qui utiliseront du lithium dans leurs batteries à raison de 5 à 15 kilos par véhicule. Avec la fin annoncée de l'ère du tout pétrole, ce métal a vu son cours exploser en seulement cinq ans, de 260 à 2 300 euros la tonne.

Pic de consommation

Et ça, ils en pensent quoi, les chamans ?

JL a dit…

Pour la première question : je ne sais pas. De toutes façons ce post est impermanent, preuve s'il en est que l'impermanence peut être une excellente nouvelle.
Pour la seconde question : étant donné le caractère impermanent du post, il n'y a pas lieu de faire trop de développements, sinon peut-être une remarque. La Bolivie est l'un des pays les plus pauvres au monde. Le plus pauvre en Amérique du Sud, après le Nicaragua. Comment expliquer cette pauvreté, sachant qu'en réalité la Bolivie est immensément riche de toutes sortes de ressources : pétrole, gaz, or, argent, cuivre, lithium, pierres précieuses, sans compter sa richesse agricole et culturelle (plus de 36 traditions indigènes différentes)? On peut se demander, lorsqu'on constate l'immense générosité de la Pacha Mama à l'égard du Kolla Suyu, si le Manifeste de Tiwanaku publié en 1975 n'a pas raison : Le pays a été pillé pendant plus de 500 ans et sa population a été humiliée par une minorité, sans qu'aucun de ceux qui l'ont pillé n'ait fait quoique ce soit pour le pays, comme par exemple construire des routes. 8 millions de personnes en tout sont mortes dans les mines d'or et d'argent de Bolivie pour enrichir la vieille europe. En renforçant le rôle de l'état, en nationalisant toutes les ressources naturelles, en les protégeant et en redistribuant les richesses ainsi produites, Evo va donc dans le bon sens. L'argent du pétrole va donc au renforcement raisonné et écologique des infrastructures, à la construction de routes, d'hopitaux et d'écoles, à l'attribution de "bonos" aux familles les plus pauvres. Par exemple le "bono dignidad" de 20 euros par mois qui aide les petits vieux (des flics corrompus se débrouillent quand même pour leur en voler une partie, lorsqu'ils viennent à la banque retirer leur dû, fait que j'ai pu constater à Sucre), le "bono Juancito Pinto" qui est donné aux enfants scolarisés, ou le tout récent "bono Juana Azurduy", du nom de cette belle héroïne bolivienne, destiné à lutter contre la mortalité infantile (180 euros sur deux ans). J'ai cru comprendre que les français sont intéressés par le lithium bolivien. Mais si les entreprises françaises se comportent comme l'a fait l'arrogant groupe Suez pendant la guerre de l'eau, elles se feront mettre dehors bien sûr, car elles doivent maintenant penser à autre chose que du simple pillage et tenir compte des particularités du pays. De plus, elles ont en face d'elle une concurrence importante : La Chine en premier lieu, puisque les premières voitures chinoises au lithium ont fait leur appartition la semaine dernière sur la Plaza Murillo, sans qu'ait été évoqué à aucun moment la collaboration des français relativement au lithium. Certains paysans d'ici savent qu'il y a de l'or à tel ou tel endroit mais se gardent bien de le dire. Comme l'on tait le lieu de la cité de Cristal dormant aux pieds de mon maître, la montagne sacrée TATA AKAMANI. Tout ce que demandent ces paysans, c'est que soit respecté leur mode de vie ancestral : " l'homme n'a pas besoin d'or, il a besoin de fruits et de patates " disent-ils. Au Pérou, certains indigènes sont en conflict ouvert avec le gouvernement libéral d'Allan Garcia qui a autorisé l'exploitation de mines détruisant leur milieu ambiant et les appauvrissant plus qu'ils ne l'ont jamais été. Ici en Bolivie, cela a cessé de se produire.

Elfangore a dit…

Inspiration, et maitrise de son sujet de bout en bout.
C'est doux, c'est neuf, et pourtant c'est pas lavé avec Mirlaine.

J'adore et j'adhère ! ;))

JL a dit…

Merci Elfangore... Tout compte fait ce post va rester en place et avoir d'autres petits frères...

Anaël Assier a dit…

Heureusement qu'il va rester ce post ... sinon ça destroy mes "liens" !
J'ai pas l'air comme ça, mais j'suis attaché. Je lui souhaite donc une belle et grande fratrie !

carole CHAMOT a dit…

Bonjour,

Je viens de "tomber" sur ce post un peu par hasard, et je dois vous avouer que j'aime beaucoup la façon dont vous vous etes exprimé ... Partageant votre opinion sur le sujet, il va de soit que j'adhère completment.

Pour le coups, je me permets de vous demander la permission de faire un copier/coller de se post vers le forum que j'animes afin d'apporter certains éléments de réponse comme une certaine claretée concernant les Chaotiques en espérant que cela leurs fournissent matière a réflexions ...

Amicalement
Carole CHAMOT

Jean-Luc a dit…

c'est ok Carole...

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