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lundi 5 novembre 2007

ÉLOGE DU SOMMEIL

"Jagrat-shushuptez-vous les uns les autres comme je vous ai jagrat-sushuptés" (M.)

"Je dors, mais mon coeur veille" (Cantique V:2)
" Je vous adjure, filles de Jérusalem, par les gazelles et les biches des champs, n'éveillez pas, ne réveillez pas ma bien-aimée (...) " (Cantique II:7)
Ayaz au corps argenté dormait à l'ombre d'un rosier au chant du rossignol.

On en informa le roi qui se rendit aussitôt en ce lieu,
Il vit son ami comme un soleil reposant dans l'ombre ; l'eau de rose distillait de son corps.
Il demeura longtemps les larmes aux yeux auprés de lui, sans se lasser de le contempler,
Offrant des pétales à sa beauté ou répandant des larmes sur son visage.
Ayaz enfin se réveilla de son heureux sommeil ; il aperçut le roi et fut frappé de confusion.
Le roi dit en le regardant : " Merveille de beauté, maintenant que tu es revenu à toi, je m'en vais.
Dans le sommeil tu étais inconscient, tu étais au-dessus des éloges possibles ;
Mon âme s'épanouïssait au spectacle de ta beauté ; tu n'existais plus car je m'étais substitué à toi.
Mais aussitôt que tu revins à toi l'aimé disparut ; toi devenu le soupirant, l'objet des soupirs s'évanouit."
N'existe pas, ami, pour qu'existe l'Aimé. Car ta propre existence le tient à l'écart.
Renonce à ton moi car sans lui tu es Nous tout entier ; ta félicité ne tient qu'à ce renoncement ; pourquoi te cramponner à ton moi ?
Si tu aspires à l'intimité du Désiré, il ne faut chercher l'existence qu'aprés t'être annihilé.
Si tu t'annihiles pour naître ensuite à la véritable existence, tu deviendras, ton moi anéanti, l'Aimé tout entier.
Tant que tu t'accrocheras à ton moi personne ne se souciera de toi ; mais lorsque tu auras cessé d'exister, le monde entier te cherchera.

Attar, Le Livre Divin XII:9

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