
19 sept.: La DESPEDIDA, c'est quand on se dit au revoir. Et quel au revoir ! Tout d'abord il y a la bénédiction, les voeux, les transmissions de force et tout le tralala. J'imaginais que le maestro Grover serait le seul à prononcer ces mots mais ils sont tous venus. Tous. Et cela est lourd de sens pour moi, lorsque l'on connait l'importance de la notion de communauté en milieu indigène. Chacun a donc attendu son tour devant le petit cabinet de consultation de Grover. Don Ernesto, Don David, Don Victor, don Marcelino... chacun est entré avec le petit brasero, a prononcé son petit discours et ses formules magiques, avec cette prosodie si caractéristique des rites kallawayas. Les paroles de don Victor Quina sont sans doute celles qui m'ont le plus touché : "
Vois, c'est l'un des nôtres qui part pour un long voyage, loin de ses terres..." J'étais si heureux d'entendre ces mots du vieux Maestro, l'un de ceux qui, au début, criait le plus après Grover parce qu'il m'enseignait
les secrets. Mais notre rapport a bien changé depuis. Il est assis là, devant moi, entre don Mario et don Guillermo, dans le bar oú nous nous sommes rejoints après. Il me raconte comment, en plein congrès de médecine naturelle au Chili, il a guéri un patient d'une paralysie faciale par un simple massage. C'est sans doute, à 82 ans, le Maestro kallawaya le plus respecté de la rue Sagárnaga à La Paz.

Et lui, c'est don Marcelino. On peut avoir un très beau sourire même sans dents. Une sacrée gueule ce don Marcelino. Un excellent kallawaya aussi, mais il ne parle que le quechua et vous ne pourrez pas le consulter sans interprète si vous vous rendez sur place un jour.

Ici avec deux de mes compadres. Don Grover et don Ernesto.

Autour d'une (caisse de) bière, la discussion bat son plein. Je les remercie pour tout ce qu'ils m'ont appris. Je les remercie de la force qu'ils m'ont transmise collectivement. Je leur explique que je ne suis pas encore parti qu'on m'attend déjà à Roanne pour une conférence le 24 octobre oú je vais parler d'eux. Que là-bas en France, je vais faire des rituels, les faire connaître, ainsi que TATA AKAMANI me l'a demandé.

La bonne nouvelle, c'est que le KHANTU est de sortie. Ils savent que j'adore leur musique et donc, ils ont aussi amené les instruments. Aux premières notes, mon regard se trouble. Je me retrouve aux pieds de TATA AKAMANI. L'un d'eux me dit : "
Tu es avec TATA AKAMANI là ".
Et aujourd'hui, 21 septembre, équinoxe de printemps et jour des amoureux, Grover m'a passé la main lors d'un petit rituel, afin que je puisse agir avec l'autorisation rituelle nécessaire. Mes mains sentent encore l'encens et le bois saint (santo palo) alors que j'écris ces lignes.
Mon voyage en France va durer quelques mois et j'y serai dès le mois d'octobre. Il y a dans cette tête, un livre tout écrit sur la cosmovision andine. Si vous êtes éditeur, n'hésitez pas. Il y a dans mes bagages, des heures de film et des milliers de photos. Si vous voulez produire un film ou m'aider à le monter n'hésitez pas. Il y a, en route pour la France, de gros colis chargés de matériel magique, d'herbes et d'amulettes. Si vous voulez célébrer un rituel à la Pachamama selon la tradition kallawaya, n'hésitez pas. Il y a une expérience à partager lors de conférences ou de petits séminaires, n'hésitez pas. L'adresse oú me contacter est en haut à droite du blog et il est inutile de passer par les commentaires pour vous adresser à moi. Je voyage en France comme une chakana, comme un pont entre les kallawayas et vous. Chaque petite contribution pour les faire connaître et faire découvrir leurs méthodes peut les aider à ne pas disparaître, et à résister...
2 commentaires:
Un grand merci pour toutes les photos, musiques et les notes que tu as partagé ici.
La façon dont les gens naissent et meurent en occident et au delà de ça la fécondation des bébés et le non accompagnement des morts me choque profondément. Je ne m'étendrai pas non plus sur le genre de nourriture culturelle dont on nous abreuve ici...
J'espère que les rites kallawayas seront connus et accessible à tous ceux qui le souhaite.
Une seule question : les femmes en Amérique du sud sont-elles initiées à la magie et aux différents rituels?
Bravo pour ton initiation et encore merci de la partager.
Anna
Imaynalla kasanki ñañaquita Anna. Tu cernes bien le problème je vois... J'espère qu'en te lisant beaucoup oseront faire le pas et me demanderont de rendre ces services dont tu parles et qui manquent si cruellement chez nous.
Pour répondre très brièvement à ta question, il existe effectivement des initiations féminines en Amérique du Sud. Si l'on s'en tient aux Andes, beaucoup de rituels Aymaras sont célébrés par un couple "prêtre" et "prêtresse", ceci afin de respecter la règle des complémentaires de chacha-warmi : "homme-femme".
Merci de tes encouragements en tous cas.
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