mardi 27 octobre 2009

AGHORI

Narsingh, l'aspect terrible de Vishnu

Du sanskrit « A-Ghor », « Ce qui n’est pas terrible », « sans peur », « absence de difficultés », le terme désigne les adeptes d’un courant de l’hindouisme dont les origines historiques demeurent peu connues. Apparentés au Shivaïsme tantrique, les aghoris ont la réputation, en Inde, d’utiliser des pratiques subversives, telles que la consommation d’alcool et de drogues, ainsi que la méditation sur des lieux considérés comme impurs par la société hindoue, comme les crématoires (Smashan). Autant de moyens d’accéder à la libération de l’esprit, et à l’émancipation finale du cycle des réincarnations (Moksha). On peut distinguer comme principaux foyers des aghoris, Varanasi dans l’Uttar Pradesh (Bénarès), Girnar dans le Gujurat, Tara peeth au Bengale, Kamakhya en Assam, et Pashupatinath au Népal (Katmandou).

On trouve pour la première fois l’utilisation du terme « Aghor » dans l’Atharva Veda. Il fait opposition à « Ghora », qui désigne la difficulté, ce qui fait obstacle à la félicité (Ananda), ce qui induit l’ignorance (Avidya). La divinité (Prajapati) y prend à la fois la forme du chemin (Aghora) et de l’obstacle (Ghora). Aghora désigne donc une « voie » possible pour l’homme, menant à la divinité. Par extension, on désigne aussi les aghoris comme adeptes de la voie « sans obstacles ».

Le Shiva Purana, ainsi que le Linga Purana décrivent « Aghora » comme l’un des cinq aspects de Shiva. Cet aspect se révèle dans la couleur noire, symbole d’extinction, et constitue la face Sud du Linga (Dakshinamurti). Certains aghoris, notamment provenant des cultes tantriques du Bengale, revêtent ainsi la robe noire, en s’identifiant à cette forme de la divinité.

La plupart des spécialistes du tantrisme s’accordent à dire que le mouvement Aghor provient des Kapaliks, les porteurs de crâne, une secte tantrique originaire du Kashmir dont les adeptes, des sâdhus revêtus de noir, effectuent leurs rites, se nourrissent et mendient à l’aide d’un bol fait de la partie supérieure du crâne humain (Kapal). On retrouve des indices écrits de la secte dans des œuvres satiriques du théâtre bengali médiéval, mettant en scène ses adeptes dans des situations scandaleuses. Des références existent également quant à l’utilisation de crânes humains dans le bouddhisme vajrayana et de nombreux chamanismes en général...

« Je, Aghoreshwar, me meus librement partout, en tout temps. Je, Aghoreshwar, suis présent dans les rayons du soleil, dans les rayons de la lune, dans les molécules de l’air, dans chaque goutte d’eau. Je, Aghoreshwar, suis présent dans tous les êtres de la terre, dans les arbres, les vignes, les fleurs, dans la végétation. Je, aghoreshwar, suis présent dans chaque atome de l’espace, entre la terre et le ciel. Je suis dans la lumière et aussi dans les ténèbres. J’ai une forme, et Je suis sans formes... »(Aghoreshwar Baba Bhagvan Ramji)
(Lire la suite de cet excellent article de Morgan sur Wikipedia)

Collage JLC

lundi 12 octobre 2009

QUELQUES NOUVELLES...

Nous sommes en train de sous-titrer les videos placées en haut à droite dans ce blog (rituels en Bolivie). La première (partie1, partie2, partie3) est entièrement traduite maintenant. Il s'agit du tout premier rituel kallawaya auquel j'ai assisté à Lagunillas, en Juin 2008. Je m'y étonne de tout. En attendant, retour en France donc. Une semaine tout d'abord à Paris où Jaïs et Morgan m'ont présenté leurs nombreux amis. Puis Cléon d'Andran, la Terre d'Aleyrac et mon ami Philippe. Tout se déroule comme sur une autoroute, sans obstacle, comme les oracles l'avaient prévu. Même les paquets sur lesquels j'avais quelques doutes et qui contenaient des herbes et des foetus dont je ne savais pas s'ils allaient passer la frontière sont arrivés avant moi à Cléon, entiers et même pas ouverts.
Je pense très fort à mes frères Kallawayas. Pas de temps à perdre donc avec les chimères. Morgan et moi commençons déjà à préparer des petits paquets d'herbes, des étiquettes, des catalogues. Le résultat m'épate et le maestro Grover va être content de découvrir les photos. Bien sûr, j'ai très peu de stock au regard des demandes, puisque j'ai déjà commencé à vendre certains produits. Je pense notamment au fameux Pajte, qui a étonné Jaïs lorsqu'il l'a vu fonctionner.

Au-delà de l'efficacité remarquable de ce produit contre les maux de tête, le rhume et la sinusite, le Pajte devrait beaucoup intéresser les chamans. Son utilisation ne demande pas que l'on s'inscrive dans la tradition kallawaya pour pouvoir l'utiliser et ses effets spectaculaires, l'originalité de son application, ne peuvent que séduire.
De nombreuses recettes kallawaya comportent des usages à la fois médicaux et magiques, comme le Pajte. Une autre recette, d'une redoutable efficacité, est représentée par ce mélange que l'on fait infuser dans deux litres d'eau avant de le verser dans un bain chaud. Il est impératif par la suite de changer de vêtements et de laver soigneusement ceux que l'on portait avant. Ce bain est un nettoyant psychique remarquable composé de 12 variétés d'épines de cactus, de ruda et de retama. Cette dernière plante est d'ailleurs utilisée pour tapisser les offrandes rituelles de la mesa noire, destinée à toutes les opérations d'envoûtement ou de contre-envoûtement. Cette préparation va également avoir beaucoup de succés auprès des chamans, des thérapeutes et des particuliers, étant donné son extraordinaire puissance. Je n'en dis pas plus pour le moment et vous découvrirez les autres produits que j'ai choisis dans le petit catalogue que je prépare pour Kallawayan Cani. Mais j'y songe... don Fausto, mon père rituel m'a dit avant de partir : surtout, n'oublie pas de faire la promotion de la Mamanlipa pour les règles douloureuses et irrégulières et du Huanarpo pour les hommes. Concernant le Huanarpo, je signalerai simplement ici à quel point tout le tapage fait autour de la Maca dans les pays occidentaux peut faire rire mes amis kallawaya. C'est le ginseng des Andes, entend-t-on ça et là. Certains vont même jusqu'à dire qu'il s'agit d'un viagra naturel. D'autres encore utilisent le nom des kallawaya pour vendre ce genre d'inepties. Et les kallawaya bien sûr, ne voient pas un peso de l'argent ainsi récolté en leur nom. Le comble, c'est que la Maca ne marche pas pour ce genre d'usage et qu'en revanche, il existe une herbe dont l'efficacité en la matière est plus que remarquable : le huanarpo... La suite dans un prochain épisode. Si vous êtes sages, hein ! Puis, hier, retrouvailles avec la Terre Sacrée d'Aleyrac et premiers rituels en France. Beaucoup de travail, puisqu'il me fallait réagencer le lieu du feu pour qu'il devienne Aleyrac juncha, effectuer diverses opérations de jonction avec ma juncha de khjesasan en Bolivie, faire un nettoyage psychique sur Morgan, une amulette pour Philippe, sans compter la mesa offerte au Machula d'Aleyrac. Le résultat a été magnifique pour tout. Les deux mesas, une colorée pour la Pachamama et les Machulas et une blanche pour les participants, superbes, ont brûlé sans difficulté. Les cendres sont apparues blanches comme neige et les oracles continuent de dire : tout glisse, tout marche, tout est sans difficulté. Les quatre heures de rituel ont passé comme cinq minutes. J'ai remplacé les feuilles de coca entourant les mesas par des feuilles de chêne blanc car j'apportais, depuis la Bolivie, un puissant substitut aux feuilles sacrées. J'ai appris en effet il y a quelques mois de plusieurs de mes maîtres qu'une solution de remplacement était possible sans contrevenir aux lois en vigueur en France. Ina Rösing en donne d'ailleurs quelques indices dans son livre Monde Ankari.
Enfin, je vous présente don Victor Bustillos. J'avais déjà parlé de lui dans un autre post. C'est un homme merveilleux, facétieux et doux, en même temps qu'un extraordinaire kallawaya. Ina Rösing lui consacre tout le chapitre 3 de son Monde Ankari II, de la page 90 à la page 150, étudiant sa technique de la mesa blanche de douze platos. C'est avec raison qu'elle le qualifie de Kallawaya prestigieux. Il est à la fois mon ami et mon maestro en matière de plantes. Eh bien, ce maestro a interrogé la coca pour moi, concernant mon voyage en France, juste avant mon départ. Lors des trois tirages, il m'a plus ou moins répété la même chose : " Il y a des envieux. Ils vont médire et enrager contre toi. Mais toi, tu laisses faire. Tu dis rien. Rien ne peut plus te toucher car tu as le pouvoir. Alors, tout va bien. Tu es tout tranquille. Tout reposé. Ils vont raconter beaucoup de mensonges mais toi, tu dis rien. Tout va bien. Tout va pour le mieux. Tous tes projets se réalisent. C'est une voie sans obstacles. Ils vont parler, ils vont t'envier, mais toi, tu dis rien, ça leur retombe dessus tout seul et ils ne peuvent rien. Tu ne t'occupes de rien car tu as plus important à faire. Tellement plus important. Tu n'as rien à dire puisque tout va bien. Tout va très bien. Tu fais beaucoup de choses. Tu rayonnes. C'est tout ". Ces paroles toutes simples de don Victor continuent de me faire sourire, tant elles se réalisent. On reconnaît, dit-on, l'arbre à ses fruits. Et bien entendu, les flots de haine, les mensonges, les jugements intempestifs parlent pour ceux qui les profèrent et montrent où ils en sont :

"L'important, c'est d'être soi-même" (Guru Mafalda)

jeudi 8 octobre 2009

MISCÉLANÉES

Si vous pensez que je pense ce que vous pensez que je pense, vous vous trompez lourdement (Guru Mafalda)

L'homme sans signification ne peuple le silence de dérivatifs sonores et de saturnales langagières que parce que le silence lui fait peur, le met face à lui-même, face à un vide désespéré qui n'est qu'une contrefaçon de la vacuité spirituelle. Non seulement le silence rend aux mots leur brillance et leur prix, qu'une surconsommation leur a fait perdre, mais il permet de recharger nerveusement et psychiquement nos accumulateurs d'énergie. Tandis que la parole, à l'exception du verbe poétique, est toujours un produit de l'agitation mentale et de l'imagination passionnelle, le silence dispense des contradictions, des erreurs de jugement, des condamnations hâtives, évite les petites inexactitudes anodines dont la somme fait le mensonge, les méchancetés insignifiantes qui finissent par rendre méchant, la dialectique raisonneuse, jamais à court d'arguments, toujours en quête de réponses dont elle récuse le droit à l'existence. (J. Bies)

Le moment est venu de parler à visage découvert messieurs (Guru Mafalda)

Le plus grand ennemi de l'être humain est l'importance personnelle... Ce qui affaiblit, c'est de se sentir offensé par ce que font ou cessent de faire nos semblables. L'importance personnelle fait que l'on passe la majeure partie du temps de sa vie à se sentir offensé par quelque chose ou par quelqu'un.... (Voyage à Ixtlan, C. Castaneda)

Nous, on a pas de nombril (Guru Mafalda)

mercredi 7 octobre 2009

NE PAS CONNAÎTRE

J'aimerais vous dire cette nuit que toute connaissance vraie dans le Travail est connectée à l'inconnaissance.

Je suppose que nombreux sont parmi nous ceux qui croient connaître. Tel est notre état habituel. Nous pensons toujours que nous connaissons ce qui est bon ou ce qui est mauvais ; nous croyons connaître ce qui fait le sujet de nos conversations. Nous croyons tous connaitre ce qui concerne nos tâches particulières. Nous pensons même connaître quelles sont les personnes appropriées qui doivent connaître et celles qui ne connaissent pas.

En réalité, dans ce Travail, connaître est ne pas connaître ce qu'on croyait connaître. Lorsque l'on commence à ne pas connaître quelque chose dont on avait la certitude, on fait l'expérience d'un changement de conscience. On fait l'expérience de la metanoia. Dans ce Travail, nous nous libérons de ce que nous imaginons connaître. J'aimerais que nous réfléchissions tous sur ce que nous croyons connaître avec certitude. Parfois, il peut même être amusant de voir les opinions que nous véhiculons et proclamons sur des personnes engagées comme nous dans ce Travail. Ceci est dû au fait que nous croyons connaître. Nous sommes certains d'avoir raison, à cause de ces opinions acquises. Nous ne pensons jamais à examiner comment ces opinions ont surgi et quelles influences mécaniques les ont créées.
( Maurice Nicoll, Conférence quatrième voie : Ne pas connaître)

Collages de Coyote 374

vendredi 2 octobre 2009

TOUTE LA VÉRITÉ SUR DAATH...

Voir aussi à ce sujet sur Bliss of None.

jeudi 1 octobre 2009

ART POSTAL

L'art postal de Austin Osman Spare. Photo extraite de Zos Speaks ! Encounters with Austin Osman Spare par Kenneth & Steffi Grant, éditions Fulgur Limited, Londres, 1998, p. 28.

lundi 21 septembre 2009

DESPEDIDA

19 sept.: La DESPEDIDA, c'est quand on se dit au revoir. Et quel au revoir ! Tout d'abord il y a la bénédiction, les voeux, les transmissions de force et tout le tralala. J'imaginais que le maestro Grover serait le seul à prononcer ces mots mais ils sont tous venus. Tous. Et cela est lourd de sens pour moi, lorsque l'on connait l'importance de la notion de communauté en milieu indigène. Chacun a donc attendu son tour devant le petit cabinet de consultation de Grover. Don Ernesto, Don David, Don Victor, don Marcelino... chacun est entré avec le petit brasero, a prononcé son petit discours et ses formules magiques, avec cette prosodie si caractéristique des rites kallawayas. Les paroles de don Victor Quina sont sans doute celles qui m'ont le plus touché : "Vois, c'est l'un des nôtres qui part pour un long voyage, loin de ses terres..." J'étais si heureux d'entendre ces mots du vieux Maestro, l'un de ceux qui, au début, criait le plus après Grover parce qu'il m'enseignait les secrets. Mais notre rapport a bien changé depuis. Il est assis là, devant moi, entre don Mario et don Guillermo, dans le bar oú nous nous sommes rejoints après. Il me raconte comment, en plein congrès de médecine naturelle au Chili, il a guéri un patient d'une paralysie faciale par un simple massage. C'est sans doute, à 82 ans, le Maestro kallawaya le plus respecté de la rue Sagárnaga à La Paz.

Et lui, c'est don Marcelino. On peut avoir un très beau sourire même sans dents. Une sacrée gueule ce don Marcelino. Un excellent kallawaya aussi, mais il ne parle que le quechua et vous ne pourrez pas le consulter sans interprète si vous vous rendez sur place un jour.

Ici avec deux de mes compadres. Don Grover et don Ernesto.


Autour d'une (caisse de) bière, la discussion bat son plein. Je les remercie pour tout ce qu'ils m'ont appris. Je les remercie de la force qu'ils m'ont transmise collectivement. Je leur explique que je ne suis pas encore parti qu'on m'attend déjà à Roanne pour une conférence le 24 octobre oú je vais parler d'eux. Que là-bas en France, je vais faire des rituels, les faire connaître, ainsi que TATA AKAMANI me l'a demandé.

La bonne nouvelle, c'est que le KHANTU est de sortie. Ils savent que j'adore leur musique et donc, ils ont aussi amené les instruments. Aux premières notes, mon regard se trouble. Je me retrouve aux pieds de TATA AKAMANI. L'un d'eux me dit : " Tu es avec TATA AKAMANI là ".

Et aujourd'hui, 21 septembre, équinoxe de printemps et jour des amoureux, Grover m'a passé la main lors d'un petit rituel, afin que je puisse agir avec l'autorisation rituelle nécessaire. Mes mains sentent encore l'encens et le bois saint (santo palo) alors que j'écris ces lignes.

Mon voyage en France va durer quelques mois et j'y serai dès le mois d'octobre. Il y a dans cette tête, un livre tout écrit sur la cosmovision andine. Si vous êtes éditeur, n'hésitez pas. Il y a dans mes bagages, des heures de film et des milliers de photos. Si vous voulez produire un film ou m'aider à le monter n'hésitez pas. Il y a, en route pour la France, de gros colis chargés de matériel magique, d'herbes et d'amulettes. Si vous voulez célébrer un rituel à la Pachamama selon la tradition kallawaya, n'hésitez pas. Il y a une expérience à partager lors de conférences ou de petits séminaires, n'hésitez pas. L'adresse oú me contacter est en haut à droite du blog et il est inutile de passer par les commentaires pour vous adresser à moi. Je voyage en France comme une chakana, comme un pont entre les kallawayas et vous. Chaque petite contribution pour les faire connaître et faire découvrir leurs méthodes peut les aider à ne pas disparaître, et à résister...

vendredi 18 septembre 2009

NOTES SUR TIWANAKU

Un Petit aide mémoire à fins presque personnelles : La porte du Soleil n'est pas actuellement à sa place d'origine. Elle a été reconstituée par Posnansky mais pas au bon endroit. Elle se trouve donc isolée, orpheline et manifestement non reliée à l'ensemble, à l'extrêmité Nord-Ouest du Temple de Kalasasaya. Sur le plan ci-dessus, elle est située face au monolithe Ponce qui est parfaitement aligné et centré sur l'entrée Est de Kalasasaya. La situation actuelle de la porte du Soleil au Nord-Ouest ne permet guère de rapports d'orientation. Mais au regard du monolithe Ponce, cette orientation existait bel et bien, comme on peut le remarquer sur ce plan oú la porte du Soleil donnait accès à une petite structure couverte. Les petroglyphes de la porte du Soleil le démontrent : celle-ci est, dans son état actuel, incomplète. Elle était probablement flanquée à l'origine de deux portiques lunaires et occupait la place du petit autel (voir plus bas) à partir duquel sont actuellement prises les mesures astronomiques de l'ensemble des angles formés par le Kalasasaya.

Certaines figures symboliques de Tiwanaku expliquent fort bien le passage de la constellation de la Croix du Sud (Sud qui est le Nord indigène et l'élément céleste indiquant la direction à suivre) à la Chakana, puis à la Wiphala, le drapeau Andin. J'ai pu prendre deux de ces photos dans les salles inaccessibles au public car Don Javier a ses petites entrées à Tiwanaku. On commence donc par la première croix à 0 degrés, la plus élémentaire. Elle porte un losange au centre qui représente la Croix du Sud. On passe ensuite à la Croix de degré 1, la plus connue et la plus représentée sur les bijoux en argent, puisqu'elle sert de base aux mesures des cycles agricoles, aux huit fêtes indigènes et à bien d'autres choses encore, comme par exemple la division des trois espaces-temps, les sept niveaux de conscience, etc. C'est une croix à treize pointes. Et enfin, dernière évolution, on en arrive à la Chakana de degré deux. Or, il suffit de prolonger toutes les lignes de cette croix pour obtenir un carré de sept sur sept : La Wiphala. Tous les escaliers de Tiwanaku ont sept marches, tandis que la pyramide d'Akapana a sept degrés. Notons que les croix représentées sont très souvent dessinées en creux, ou encore que leur centre est vide, ce qui a un sens très important pour la cosmovision andine. Concernant la Wiphala, cette dernière cache dans sa simplicité des codes et des tables de calcul (1) qui ne sont pas sans rapport avec les pétroglyphes de la Porte du Soleil et laissent perplexe quant aux connaissances mathématiques que possédaient les indigènes de Tiwanaku.

Ces connaissances mathématiques et architecturales leur permirent de réaliser par exemple ces types l'alignements. On voit ici comment les diagonales aux solstices s'alignent sur les montagnes sacrées : Le soleil se lève sur l'Illimani á l'angle sud-est exact de Kalasasaya au solstice d'été et sur l'Illampu à l'angle exact sud-ouest au solstice d'hiver. Enfin, il se lève pile au centre, sur le Huayna Potosi, aux deux équinoxes. L'emplacement de Tiwanaku a donc été choisi selon ces critères et vu par satellite, le triangle Tiwanaku, Illimani, Illampu est un triangle parfait. Les distances entre les points de ce triangle sont bien sûr si importantes que les montagnes ne sont pas visibles depuis le site de Tiwanaku. La pierre à partir de laquelle toutes ces mesures sont prises est celle que l'on voit au premier plan, ce petit autel brisé du Temple de Kalasasaya. La porte du Soleil se trouvait probablement juste derrìère, à moins que cet autel ait été à l'interieur même de la structure couverte à laquelle donnait accès la porte du Soleil.

Comme on peut le voir sur le plan, il y avait au sommet de la pyramide d'Akapana, un immense bassin en forme de chakana. Ce bassin était rempli d'eau à certaines époques de l'année pour que les sages puissent y observer les étoiles. Toujours indirectement, à travers un miroir. Ce qu'on voit dans le lac, le miroir, a un rôle très important dans la cosmovision andine oú même les tissus suivent une disposition symétrique en miroir. C'est souvent le reflet de la montagne dans le lac plutôt que la montagne elle-même, qui révèle le visage de l'esprit sacré qui l'habite. Il existe une moitié du monde que le monde ne connait pas et que seuls les sages peuvent voir. Le 3 Mai, jour de la fête indigène de la chakana, est aussi le jour chrétien de la Sainte Croix. Ce jour-là, cette constellation apparaît au zénit exact de la pyramide d'Akapana. Comme on le remarque sur la seconde photographie, les espagnols ont creusé un immense cratère au sommet de la pyramide, pensant qu'il y avait de l'or à l'intérieur. La chakana en forme de bassin a donc disparu et il n'en subsiste que quelques vestiges. Une double rangée de 7 pierres magnétiques partait de la chakana en direction de l'est. On constate sur la dernière photo que la boussole s'affole lorsqu'on s'approche de ces pierres. Ce dispositif technique est plutôt étrange et l'on se demande à quoi il pouvait bien servir. On dit que Viracocha était expert dans le maniement de l'énergie et plus particulièrement du cinquième élément. Un vieil Amauta du nom d'Angel, m'expliquait l'autre jour que les montagnes sacrées vers lesquelles s'oriente Tiwanaku sont également très chargées en minéraux et que le dispositif de Tiwanaku crée une immense conjonction de forces cosmo-telluriques.

Il semble que la culture de Tiwanaku ait bien connu les différentes fonctions du cerveau. On a retrouvé à Tiwanaku des crânes trépanés ainsi que les preuves que les personnes ayant subi cette opération avaient vécu longtemps après. Les instruments chirurgicaux utilisés sont tout aussi remarquables. Quant aux pratiques de déformations craniennes, dont on trouve trace également chez les Mayas et les Incas, elles ont probablement un autre rôle qu'esthétique puisque l'on sait que les personnes l'ayant subie faisaient partie d'une corporation particulière. Reste à savoir quelles zones du cerveau sont ainsi stimulées ou inhibées et à quelles fins.

Non, ces monolithes n'ont pas eu peur d'Isabelle Ardieff et ne cachent pas pudiquement leurs seins. Les trois grands monolythes (Bennett, Fraile et Ponce) représentés dans cette attitude si caractéristique, tiennent dans leur main droite un sceptre et dans leur main gauche une coupe. Ils ont tous le signe de Viracocha dans le dos, mais surtout, ils comportent tous une anomalie évidente que personne jusqu'ici n'avait jamais signalée. Observez bien... La main droite est dans une position impossible. Si les pouces sont tout-à-fait normaux, les autres doigts sont tournés vers l'extérieur, dans une position qui n'est pas vraiment naturelle. Encore quelque chose que l'on avait sous les yeux pendant des années sans l'avoir jamais remarqué. Je ne sais quelle explication les spécialistes vont bien pouvoir trouver à cela, mais pour moi, il ne fait aucun doute que ceci représente les fonctions magnétiques de la main gauche et de la main droite telles que les kallawayas me les ont enseignées, ainsi que les rôles féminin et masculin de la main gauche et de la main droite.

Et enfin, phénomène plus connu des touristes, ces trous dont est perçée la paroi nord du temple de kalasasaya démontrent les connaissances des tiwanacotes en matière d'acoustique. De l'autre coté, là oú l'on célèbre le rite, on peut parler doucement, même par grand vent, à une distance de 50 mètres et être entendu par ce trou dont l'intérieur est en tout point semblable à un canal auditif humain.

Ceci, et bien d'autres choses encore, fait que la culture Tiwanacote, bien plus ancienne que la culture Inca à laquelle elle donna naissance et science, soit bien plus impressionnante à mes yeux que celle de l'Empire Inca, qui capte par trop l'attention des gens peu imformés. On croit souvent que la culture andine se résume à la culture Inca, ou que la chakana est LA croix Inca, alors que ce symbole concerne tout le monde andin et est bien antérieur à l'Empire Inca.

Miroirs : Ou comment le Machula de Tata Illampu se reflète dans les eaux du lac Chillata (2)
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NOTES :
(1) Le site vers lequel je renvoie n'est guère sérieux mais l'étude en elle-même oui. C'est tout ce qui reste d'ailleurs sur le travail, devenu introuvable, des trois scientifiques boliviens Xavier Amaru Ruiz, Jorge Emilio Molina et Jorge Miranda, concernant ce qu'ils ont appelé : La Tetralectique de Tiwanaku.

(2) Ce site est celui de la Communauté Sariri animée par l'Amauta Fernando Huanacuni. Ce dernier, que j'ai eu la chance de rencontrer, est également le chef du protocole des cérémonies indigènes organisées par le gouvernement Morales. On note malgré tout l'influence New Age de certains concepts utilisés par cette communauté, ainsi qu'une vision parfois influencée par ce qu'il est convenu d'appeler la neo-spiritualité occidentale ou spiritualité seconde. C'est pourquoi je préfère à ces conceptions, celles bien plus pures - parfois à l'excés d'ailleurs - d'un autre Amauta : Edmundo Pacheco. Mais il n'y a malheureusement pas d'informations sur le web concernant ce remarquable chef du conseil des Amautas.

lundi 14 septembre 2009

LA FEUILLE SACRÉE


EVO MORALES à la tribune de l'ONU pour réclamer le retrait de la feuille de coca de la liste des produits narcotiques, c'est un peu plus que de l'exotisme et de l'anecdotique. Discours argumenté, soigné, accompagné d'un passage à l'acte qui n'obtiendra pour réponse de la part du représentant des USA qu'un non catégorique prononcé dans l'espagnol le plus mauvais qui soit. Mais c'est une bataille perdue d'avance... pour les USA. Le monde andin bouge. Il s'unit. Il devient un pôle contredisant puissamment le rêve néo-libéral d'une globalité aussi monopolaire que monoculturelle. Rejeter la faute de ses propres vices sur les pays étrangers, se servir de ce prétexte pour s'ingérer dans leurs affaires ne peut durer qu'un temps, sans qu'apparaissent, plus visibles encore, les vraies raisons de ces attaques contre les cultures non occidento-centrées. Et puis, Mama Coca est trop puissante. Elle en vient à se venger de façon plus insidieuse encore : des traces de cocaïne sur 90% des billets US. La soi-disante lutte pour l'éradication de la feuille de coca n'empêche en rien la croissance de la consomation de cocaïne dans les pays industrialisés. Elle ne fait que nuire aux modes de vie indigènes, à leurs traditions ancestrales et à leur libre détermination. Elle justifie en outre l'installation de bases militaires en Colombie.

Depuis des années dans les Andes, on commence à regarder la coca comme une arme que la déesse Pacha Mama va utiliser pour rétablir la justice entre les blancs et les indigènes. La coca, plante sacrée entre toutes, dispensatrice de vie, de souffle, de force, compagne de la faim et de la fatigue, de la douleur et de l'amertume, plus fidèle alliée de la résistance indigène à un occident trop avide et egolâtre, se convertit pour le blanc en toxique mortel, en drogue pour yuppies compétitifs. Chaque fois plus de gens appartenant aux classes dirigeantes de notre société ont besoin des effets nocifs de cette plante pour vivre, travailler, déguiser leur stress en jouissance et garder le cap dans cette société folle qu'ils ont créée. Leurs cerveaux, leurs organismes se déteriorent inexorablement. Mais est-ce la faute à l'usage multimillénaire de la coca dans la tradition andine ou simplement l'effet d'une perversion dont on veut rendre responsable le paisible cocalero ?

La différence d'utilisation par ces deux cultures de la feuille sacrée de coca est paradigmatique de l'usage qu'ils font du reste de la nature. Tandis que les uns la respectent et en obtiennent vie et santé ; les autres la détruisent et vivent d'une frénétique existence qui ne les conduira qu'à un point de rupture, voire à l'extinction. La Nature, par l'intercession de Mama Coca, laisse l'homme se juger lui-même.

Si l'on me demandait quelle plante, parmi toutes les plantes maîtresses que j'ai eu à connaître à ce jour, m'a le plus touché et marqué, je répondrais sans hésiter : Mama Coca. Ses effets ne sont sans doute pas aussi spectaculaires que les enthéogènes à la mode, mais ils sont incontestablement remplis d'une puissance tranquille et inexorable, d'une sagesse éblouissante tout autant que discrète. La discrétion n'est toutefois plus une valeur dans nos sociétés modernes et c'est peut-être pour cela que les occidentaux parlent davantage des plantes spectaculaires que de la feuille sacrée. Ils veulent du spectacle narcotique, du show visuel. Ils ont été éduqués pour cela. Il suffit de relire pourtant la description d'Enrique Oblitas Poblete (1963) sur l'activité ruminante et tranquille de l'indigène mâchant la coca, activité qui le rend si semblable au brahmane : "L'indien nirvanise six fois par jour", remarque-t-il au tout début de son ouvrage sur la Culture Callawaya. Mama Coca, si douce, si imperceptible et humble dans ses effets, est l'une des chakanas majeures (chakana veut dire pont, échelle, et c'est aussi le nom de la croix andine qui symbolise la mise en relation et l'interconnectivité de tout avec tout) dans la culture andine. Non seulement elle met en rapport les hommes et les dieux, mais aussi les hommes et les femmes, les communautés et les communautés, les hommes et les lieux, les hommes et les plantes...

Prends-la, couvre-toi d'elle, porte-la sur ton chapeau, lave-toi avec, bois-la, baignes-en tes cheveux, mange-la, transpire-la, regarde-la, consulte-la. Elle a l'esprit d'une plante mère et d'une déesse. Tous les jours mâche-la et tes années se compteront par centaines.

Mamita Cuca est la prophétesse de l'autre monde possible, la prophétesse de la totale altérité qui met fin aux délires d'universalité de l'individualisme Occidental. Elle dit non au monde globalisé et monopolaire que d'aucuns annoncent comme inéluctable. Mais elle est trop forte, beaucoup trop forte pour que l'occidento-centrisme puisse détourner le dessein conçu par elle pour les hommes. Ne voyez-vous pas, là, sous vos yeux, ce qui se passe dans le monde andin et plus généralement en Amérique du Sud ? Bientôt le Sud sera au Nord, suivant le cours naturel de la galaxie tel qu'indiqué par la Croix du Sud, dont s'inspire d'ailleurs le symbolisme de la chakana.

Les initiés du monde andin ont toujours souligné l'effet spirituel que Mama Coca produit lorsque l'homme se soumet à l'une de ses cures. Cela accentue en lui sa sensibilité aux plantes médicinales et son interaction avec elles. Elles se mettent à lui parler et à lui dire à quoi elles servent. Les paqos, les initiés andins, suivent la prescription suivante : 21 jours à mâcher de la coca, accompagnés d'un jeûne strict, n'acceptant que la consommation d'eau et de maïs grillé. Ils atteignent alors un haut degré d'hyper-sensibilité à l'énergie de vie qui se traduit par leur qualité de voyant, par leur faculté à communiquer avec les animaux et les végétaux, par leur capacité à lire les personnes et à les guérir de leurs maux. De quels maux souffre le monde, dis-moi Mamita ?

Et dans un souffle Mama Coca répond, rassurante : Il n'y aura pas, il n'y aura jamais de globalisation néo-libérale monopolaire...

Pour en savoir plus sur Mama Coca.

Kintu de Mama Coca par Miguel Molina

mercredi 9 septembre 2009

PACHAMAMA EN MUSIQUE (3)

samedi 29 août 2009

HIER SOIR


Même lorsque l'on est aymara et que l'on connait à peu près la tradition, on peut avoir besoin de l'aide d'un maestro kallawaya. C'était le cas hier soir puisque doña Claudia m'a gentillement demandé de l'aider à préparer une mesa pour sa boutique. Elle a sans doute eu raison car je lui ai fait remarquer que son foetus de lama acheté au marché des sorcières était en réalité un foetus de brebis, lequel n'est pas du tout conçu pour l'usage qu'elle voulait en faire. De même, elle avait oublié d'acheter des feuilles d'or et d'argent, ainsi que de la terre de fourmis, particulièrement efficace pour attirer les clients. Une autre difficulté lorsque ce n'est pas le maestro lui-même qui fait les courses au marché des sorcières, c'est que le matériel vendu pour la mesa ne suit pas la tradition kallawaya mais la tradition populaire aymara. Qu'à cela ne tienne puisqu'en bon généraliste, le maestro est censé connaître aussi cette tradition andine.

On commence donc par préparer un petit foyer dans les locaux de l'entreprise, puis on monte directement la mesa sur le bureau de la patronne. Le résultat est une très jolie offrande, colorée, bien fournie en sucreries. Mais je devine déjà qu'elle ne va pas brûler facilement. On termine toujours par la décoration du foetus, avant de faire une pause...

En reprenant le rite, on met chaque patient au contact de la mesa et du foetus ( je les pose sur la tête de chacun d'entre eux tout en prononçant les invocations, je leur demande de souffler trois fois dessus). Puis, on sort dans le couloir qui mène à un hotel et on met le feu au brasier, ce qui bloque un peu le passage et crée de l'animation. Quelques touristes regardent la scène, étonnés de voir que les autochtones s'adressent à un maestro étranger pour leurs petites affaires magiques.

Enfin, non sans avoir enfumé la réception de l'hotel, on transporte le brasier dans la rue oú ce genre d'évènement n'est pas rare du tout, même et surtout quand on se trouve en plein centre-ville de La Paz.

Voilá. Je suis toujours très heureux de rendre ce genre de petit service à mes frères et soeurs aymaras et très honoré qu'ils s'adressent à moi pour le faire. La cérémonie a commencé vers 20 heures et nous y étions encore après minuit car la Pacha Mama avait très soif. La propriétaire des murs étant une camba catholique, elle ne fait jamais de mesa à cet endroit et je l'ai de suite senti. Nous avons donc dû épuiser trois bouteilles d'alcool pur pour que l'offrande brûle convenablement et donne des cendres blanches. Les oracles se sont montrés très positifs et je ne doute pas que doña Claudia ait à l'avenir bien plus de clientèle.

jeudi 27 août 2009

VERS LA MAGIE INCONNUE (6)

Nous pouvons imaginer que tout ce processus doit passer par l'exercice, le fait de percevoir l'émergeance de la pensée : plus nous serons conscient des pensées et des émotions qui se lèvent, moins celles-ci auront d'impact sur nous et plus nous pourrons les contrôler, pensons-nous. Mais s'il a son utilité, le pouvoir de l'exercice systématique a ses limites, tout autant que sa sphère d'action indispensable d'apprentissage. Nous nous rendons compte de la limite lorsque, par exemple, nous revenons á la vie quotidienne après une retraite de méditation oú nous avons atteint une grande profondeur, à la fin d'une semaine de yoga oú notre conscience s'est étendue jusqu'à presque toucher le samadhi. Tant que nous sommes en retraite, cela nous semble tellement sublime. Mais lorsque nous revenons à la vie quotidienne, les problèmes semblent même empirer et les meilleurs choses de la vie ne nous semblent plus assez bonnes au regard de l'expansion de conscience que nous avons expérimentée. C'est un autre genre de cercle vicieux.

Au-delà des pratiques et des états de conscience non-ordinaire, n'importe quel genre de processus - en incluant celui de devenir plus conscient - fait partie de l'illusionnement et de ce qui nous empêche d'être directement au contact de ce qui vient, là, tout de suite. Si nous sommes emfermés dans le cercle vicieux de procédures magiques manipulatrices et de spiritualités de bibliothécaire, le mieux est encore de reconnaître que tout ce que nous faisons consiste à nous distraire et à nous occuper avec quelque chose qui nous semble significatif, quand bien même ferions-nous l'éloge du non-sens.

Nous ne pouvons avancer au-delà sans cet instant de sincérité qui nous laisse sur le carreau. Une fois que nous lâchons vraiment prise et reconnaissons les interminables correctifs du mental pour ce qu'ils sont, nous entrons dans un autre monde, beaucoup plus direct et énergétique. C'est maintenant l'Inconnu qui est l'agent animateur, tandis que nous sommes l'animé. Nous ne pouvons plus continuer d'enquêter à partir d'une perspective conceptuelle localisée ou par la masturbation - plus conceptuelle encore - sur des symboles et courants historiques de l'ésotérisme. Nous ne pouvons plus nous nourrir d'absurdes cérémonies capables seulement de manipuler le mental sans jamais pouvoir en sortir et confortant toutes nos névroses. Les réponses doctrinales et téléologiques ne peuvent nous convenir davantage.

Dés lors, nous enquêtons plutôt selon une perspective non-localisée, ouverte aux feux de la transformation, bien que le moi psychologique tente de reconduire l'enquête sur son propre terrain, dans le domaine mental, ce qui d'ailleurs n'est plus du tout gênant puisque nous avons construit le pont vers l'autre rive. Par conséquent, nous ne nous connaissons plus par l'observation et l'accumulation inutile de savoirs, mais par la texture même de la vie, directement. Nous cessons de suivre le processus manipulateur et contrôleur de la vie, non comme résultat de notre effort, mais plutôt par l'épuisement de la séduction qu'il exerçait sur nous. En somme, nous ne nous contentons plus d'affirmer simplement que nous faisons ce qu'en réalité nous ne faisons pas.(...)

Pouvons-nous percevoir directement notre expérience sans tenter de la modifier, de la changer, de la conditionner ou de la manipuler ? Pouvons-nous nous rendre aux authentiques qualités qui se manifestent là, et permettre qu'elles agissent en nous ? Ces qualités traversent notre système, le balaient en emportant avec elles toutes les couches superflues du savoir et de l'accumulation d'expériences. (...)

Ce n'est qu'apparemment que nous acceptions tout ce qui acompagne le moi, c'est-à-dire la douleur inhérente á sa construction, le monde divisé et sans amour auquel il donne lieu, l'irréalité de nos projections mentales et toutes les illusions qui en proviennent, sans compter le mensonge éhonté de notre position. Car que se passe-t-il lorsque la phénoménologie de la vie nous frappe de circonstances qui nous dépassent véritablement ? L'acceptons-nous vraiment ou passons-nous notre temps à nous plaindre. Á l'extrêmité de cette perturbation de notre vision localisée se trouve notre propre mort, c'est-à-dire la cessation de toutes nos constructions, aussi bien de ce qui nous fait ressentir de l'attachement que du rejet. La perception du fait que la structure même de ce que nous sommes est mentale peut nous aider à voir notre propre mort ; car il n'est pas très difficile - encore que - de percevoir l'émergeance et la dissolution des pensées. Cela n'entraîne pas nécessairement notre mort physique mais c'est un type de mort qui nous immerge dans la non-localité et le sentiment de notre manque de solidité réelle.

Si nous jetons tout ce que nous connaissons aux flammes de l'Inconnu, que nous reste-t-il alors ? Que peut atteindre réellement la connaissance et l'accumulation des savoirs ? Notre compréhension fonctionne parfaitement lorsqu'il s'agit d'affronter un monde que nous avons construit, mais pouvons-nous affronter un monde qui ne soit pas notre oeuvre ? Y a-t-il quelque chose, dans cette construction, qui soit capable d'assumer la perte de localisation ? Quoiqu'il en soit, à un moment donné, lorsque le corps disparaît et par conséquent, lorsque le domaine conceptuel ne peut plus être soutenu, ce que nous appelons le point de vue localisé cesse tout simplement.

Dans notre répertoire personnel, nous disposons tous de techniques permettant d'affronter les conflits émergeant dans notre vie. Mais existe-t-il un moyen de transcender complètement la situation, de nous rendre, de nous désister de toute l'histoire ? La réalité quantique est très précisément Inconnue, pour la simple raison que notre instrument de connaissance fabrique une réalité personnelle et localisée inadaptée au mouvement de cette mer des possibles. Nous passons toute notre vie à créer notre propre histoire avant de découvrir soudain qu'en nous défaisant de toute cette construction, nous accédons à une dimension quantique extrêmement puissante. Cet instant et le processus de la mort sont en vérité très semblables. Nous rencontrons toujours la mort á ce point. Et inversement, nous avons toujours la possibilité de nous rendre et de nous abandonner totalement lorsque la mort se présente. La peur de la mort n'est d'ailleurs pas autre chose que la peur de cette vie/mort, d'instant en instant (...).

Toute notre magie et notre spiritualité peut être tournée vers la fuite de cette peur, de sorte qu'elle finit par se transformer en religion commerciale. Dans une revue récente consacrée á ces sujets, on peut admirer une page tout couleur montrant une délicate tasse de café au centre d'un jardin zen. Le texte affirme : "Il y a ceux qui meditent pendant des heures á la recherche de la paix intérieure et il y a ceux qui la trouvent instantanément : Sérénité, tranquilité, équilibre, tout est lá, servi dans cette aromatique tasse de Nescafé". C'est un peu ce que nous avons crée collectivement á partir de nos enquêtes sur la nature de la vie : une tasse de Nescafé.

Et c'est évidemment ce que nous créons aussi en notre for intérieur, une sorte d'illumination, une gnose semblable á un produit de consommation. Cela ressemble toujours á une tasse de quelque chose qui va nous réconforter et nous apporter ce que nous voulons. L'Univers á notre service, semblablement á la nature exploitée sans vergogne par les hommes. Nous sommes très actifs á l'heure de tenter de créer ou de construire ces états qui permettent d'obtenir une tasse de quelque chose. Mais vient le moment oú cette activité névrotique d'infantilisme post-moderne cesse de nous réconforter et c'est alors, et alors seulement, qu'apparaît face á nous la seule action qu'il nous soit possible d'accomplir en tant que sujet, c'est-á-dire la réddition et l'abandon de toute tentative de déterminer ou contrôler la vie, de nous localiser nous-même et de nous séquencer dans le temps. La sérénité et la tranquilité sont peut-être déjá inclues dans la tasse de café, mais c'est un cadeau de l'Univers et non le résultat promis par nos asanas tordues, nos masturbations symboliques, nos gnoses narcotiques ou nos efforts pour mettre en pratique le non-agir.

Nous tentons de nous rendre et nous abandonner á quelque chose mais la phrase "se rendre á..." n'a pas de fin. Lorsque nous rencontrons un maître, nous nous abandonnons á ce maître. Si nous rencontrons un système, nous nous y abandonnons, ou bien nous nous abandonnons á une méditation, á une expérience, une femme, un homme, peu importe de quoi il s'agit. Nous nous rendons á tout cela jusqu'á ce qu'il n'y ait plus rien á quoi se rendre. Et alors, simplement nous nous rendons á... ce qui n'a pas d'étiquette et n'est aucun objet. Pas de promesse, pas de résultat, rien. Ce type de réddition est la qualité que nous appelons réalité quantique. Il ne s'agit pas d'un processus, d'une chose ou du résultat relevant d'une cause, il ne s'agit même pas d'une bonne tasse de café. Il ne s'agit pas de se rendre á quelque chose de particulier car nous parlons ici d'une réddition complète au potentiel illimité de la réalité quantique, ou autrement dit, á ce qui vient là, maintenant, tout de suite.

Bien entendu, ceci implique la réddition de l'idée même de réddition. Il nous faut même abandonner cela, sans quoi, l'irrespect de cette double-négation nous conduirait techniquement et nécessairement, à retomber dans la causalité, à convertir cette réddition en une nouvelle identité, en une médaille d'honneur, en signe de maîtrise. Du coup la réddition cesserait sur le champ d'être authentique.

Cette réddition toujours neuve, vie/mort d'instant en instant, exige la pleine communication avec notre vie pour potentialiser ce qui vient, ce qui émerge du vaste océan des possibles.

Il ne s'agit pas d'une méthode. Ni d'une philosophie. Ce n'est pas un maître ni rien de similaire. Le mental conditionné n'a rien à voir avec une réddition réelle, porte ouverte sur la liberté de n'ëtre plus localisé. S'il n'y a pas de fin à la phrase "réddition à...", c'est qu'elle s'écroule sur elle même et que quelque chose de vraiment nouveau est maintenant possible. Rien d'autre n'est possible. Nous abandonnons en un clin d'oeil le monde de la forme et à peine parvenu au monde de la non-forme, la tranformation alchimique nous révèle à l'instant que la forme n'était que l'énergie et la création de ce qui vient, la non-forme même. Et cet aller-retour, cet échange entre forme et non-forme, ce confondement est si vif et rapide que nous retournons aussi facilement au monde de la forme. Tout naturellement, au moment oú implose le trou noir se crée un nouvel univers. Nous n'essayons pas d'abandonner la forme. C'est une erreur crasse de croire que nous avons échappé à la forme, au-delà du moi, pour découvrir un état de réddition qui, après l'avoir consommé, nous a procuré la transformation.

(...) Lorsque nous parlons de l'expérience de la vie, nous nous référons à des fragments définis comme si chacun d'entre eux était la totalité. Mais sous les feux de la tranformation nous en venons à faire le contraire. Nous sommes la totalité et nous parlons, à partir d'elle, sur la fragmentation. Pouvons-nous percevoir la totalité en ce moment même et permettre que les mots émergent d'elle ? Pouvons-nous, ici et maintenant, sentir une connection totale et la formuler en mots, en représentations symboliques ? Dans cette vastitude, notre réalité locale se convertit en instrument. C'est la vastitude qui se meut à travers nous et nous conduit au-delà même de nos capacités locales. Nous ne sommes plus que cet espace ouvert. Dans la réalité quantique, n'importe quelle chose peut s'exprimer par notre intermédiaire, changeante, créative, surprenante, mobile. Cela met constamment nos capacités à l'épreuve. Peu importe ce que nous faisons car il nous est toujours demandé de faire plus. Peu importe ce que nous cessons de faire car il nous est toujours demandé de faire moins. Tel est le mode dont nous sommes utilisé, la façon toujours inconnaissable dont agit le flux quantique à travers nous. Chaque fois que nous croyons découvrir une limite, nous sommes conduit à remarquer que la vie continue au-delà. Chaque fois que nous affirmons ne pas pouvoir plus, on exige davantage de nous. Et lorsque nous disons que ceci est le sentiment le plus profond que nous ayons jamais ressenti, quelque chose d'encore plus profond se manifeste et vient infirmer ce que nous venons d'affirmer. Nous nous rendons compte d'instant en instant que le principe du contrôle ne peut donc conduire qu'à un monde de déconnexion et c'est pourquoi nous nous ouvrons de plus en plus à l'espace infini des possibles : nous sommes cet espace.

Il y a quelque chose de vivant et d'intelligent à l'intérieur de nous qui, lorsque c'est nécessaire, génère automatiquement une perspective centrée sur le moi, bien que celle-ci puisse continuer de nous apparaître comme périphérique depuis la vision non-localisée, intégrée à un ensemble beaucoup plus vaste. De même, nous n'avons même pas besoin de supprimer les modalités les plus destructives de l'égocentrisme, puisqu'elles se révèlent d'elles-mêmes et que leur névrose contient une information très valable. Quand les rapports des uns avec les autres deviennent névrotiques, ils indiquent justement que la relation n'est pas construite sur des idées réellement libres. En l'absence de cette distorsion, nous ne disposerions justement pas de cette information. Si nous étions non-dualistes et pensions que tout est acceptable tel quel, ce genre de connexion n'aurait jamais lieu. Mais toutes les énergies et qualités sont une expression de la vie. Elles possèdent, inscrit en elles, leur mouvement nécessaire. Il ne s'agit donc pas simplement d'accepter la vie telle quelle tout en maintenant une position de témoin distant, il s'agit d'accepter la vie au plein contact de ce qu'elle est et de l'émergeance de ce qui vient là, maintenant, tout de suite. Ce mouvement n'est donc pas seulement transcendant : il est transcendant et radicalement transformateur.

Dans la perspective du moi, nous pénétrons ici dans une atmosphère terrifiante, dans une atmosphère complètement tantrique. En revenant à la forme, ou plutôt en supprimant, par la double-négation, la dualité de la forme et de la non-forme, nous nous submergeons dans les énergies mêmes que nous avions tout le temps évitées. Toutefois, non seulement nous retournons maintenant à ces qualités, mais nous sommes elles. Il n'y a pas de séparation. La peur est la peur et l'extase est l'extase. Et ceci n'est pas exactement ce que nous attendions. La seule chose à laquelle nous aspirions était un peu d'extase contrôlée, ainsi que la capacité à amortir notre peur. Mais à cet instant la vie est exactement ce qu'elle est : une qualité énergétique pleine d'un bouillonnement infini. Sans avoir besoin de nous situer dans l'instant présent - chose que nous avons cultivée pendant des années - cette vie crée ce qui vient et émerge du champ de pure potentialité. Nous ne pouvons faire un pas en arrière, nous ne pouvons le définir, nous ne pouvons nous en séparer, nous ne pouvons le contrôler, nous ne pouvons nous en protéger, puisqu'il n'y a plus que cela et c'est ce que nous sommes.
( Agente 373, Init.Mag. leç. 10, § 5-7 ; (c) copyright 2007)

Voir également á ce sujet :
- Vers la Magie Inconnue (1)
- Vers la Magie Inconnue (2)
- Vers la Magie Inconnue (3)
- Vers la Magie Inconnue (4)
- Vers la Magie Inconnue (5)
- Magie Inconnue
- Terre du Dragon, l'expérience magique
- Matérialisme spirituel et Chaos
- Cultivez vos passions
- Contact de l'Esprit
- Sans peur
- Entretiens sur la Magie

PACHAMAMA EN MUSIQUE (2)

HUAYNA POTOSI

mercredi 26 août 2009

AVENTURE


Même quand on est professionnel et que l'on est censé bien connaître son sujet, on préfèrera emprunter á l'amateur que je suis quelques paragraphes et citations prises ici ou là, pour produire un truc qui espérons-le, tiendra á peu prés la route et ne fera pas trop amateur. La construction de cette page qui laisse planer un doute sur les compétences réelles de l'entreprise, vu les emprunts et la paresse aigüe présidant á sa rédaction, pourrait faire croire en outre que l'auteur du plagiat n'est autre que Carmen Beatriz Loza, chercheuse à l'institut bolivien de médecine traditionnelle kallawaya. La pauvre dame n'y est sûrement pour rien et n'est qu'une victime supplémentaire de trek-cordillère.com (ou de voyages-equateur.com). Il serait pourtant tellement simple d'écrire soi-même deux paragraphes d'introduction sans avoir á les voler ailleurs. D'autant que les textes cités sont protégés par le copyright et qu'on pourrait le leur faire payer, n'ont-ils pas remarqué (en-haut á droite de nos blogs) ? Mais ce n'est pas tout. Après bientôt un an et demi passés avec les kallawayas, j'apprends avec étonnement que ceux-ci parlent le pukina. Mieux encore, on se rend compte en consultant les images accompagnant le produit á vendre, que les kallawayas s'habillent exactement comme les indigènes de la région de Chuquisaca ; ou que le poncho Huayruro qu'on trouve sur la page du programme détaillé (à gauche) illustre particulièrement bien la culture de la province Bautista Saavedra, bien qu'il s'agisse en réalité de la tenue traditionnelle des Mallkus (responsables communautaires) aymaras. Alors une question se pose : connait-on vraiment la culture de la région oú l'on se propose de vous faire partir á l'aventure, en toute confiance bien sûr, ou s'agit-il seulement de préparer quelque chose vite fait, quitte á égarer le bobo innocent que vous êtes ? Au fond, n'est-ce pas le seul traitement possible des cultures dont soit capable la mentalité post-moderne ? Pour la peine, un peu d'Amazonie en guise d'illustration de ce thème très kallawaya, tiens !