dimanche 31 mai 2009
HIER SOIR...
vendredi 29 mai 2009
dimanche 24 mai 2009
ÑAKHARI
Je suis au sommet d'un lieu sacré appelé ÑAKHARI. Oblite ne fait que le mentionner, parmi tous les endroits du secteur de Curva et Lagunillas oú se trouvent d'anciennes chullpas, tombes qui abritent des momies en position foetale. Les lieux sacrés communautaires kallawaya correspondent souvent à ces emplacements. Muña Pata, centre cérémoniel de Lagunillas est édifié sur une chullpa. De même pour Usichaman, le lieu cérémoniel communautaire de Curva. Il n'y a jamais eu de fouilles à ÑAKHARI, même s'il suffit de frapper du pied sur le sol pour se rendre compte que c'est creux en dessous. Ces lieux ont la réputation d'être très dangereux et puissants. Ils ont des propriétés psycho-géographiques dont le kallawaya sait tirer parti. Mais entrer au contact de ces momies et excaver, c'est contracter cette fameuse maladie des os qui va vous faire mourir. Il existe de nombreuses chullpas à ÑAKHARI, accompagnées chacune de leur trésor d'argent et d'or. C'est un ancien gros village aux constructions de pierre, alors que celles des villages kallawayas sont en adobe, mélange de boue et de paille. Ce ne sont pas des chullpas Aymara, lesquelles adoptent généralement la forme d'une tour alors que celles-ci sont creusées directement dans la terre. Lorsque je demande à Grover s'il s'agit de tombes incas, il me répond " Non, c'est beaucoup plus ancien ". " C'est donc Aymara ? " " Non ". " Alors c'est Colla ? " " Non, c'est encore plus vieux que ça. Cela date de l'époque oú le lac Titicaca était encore plus vaste que maintenant. À cette époque, le soleil n'existait pas. Cette humanité était plus grande et plus puissante que l'actuelle. Quand le soleil est apparu, ils sont rentrés à l'intérieur des chullpas et ont disparu pour toujours ". J'avais déjà entendu cette légende parlant du temps oú le soleil n'existait pas chez les URUS, la plus ancienne éthnie du Titicaca qui vit sur les îles flottantes du lac sacré. Ces derniers disent ne pas être des hommes. " Notre sang n'est pas rouge, il est noir ", tellement chargé en globules rouges. On retrouve, partout répandu dans les Andes, ce mythe d'une préhumanité bien antérieure à la nôtre, mystérieuse et magique, qui construisit le lac et sculpta les montagnes. ÑAKHARI a d'ailleurs la forme d'un profil humain regardant le ciel.lundi 18 mai 2009
INSUBORDINATION

La chaos-magick n'avait déjà pas d'importance à mes yeux alors que j'étais en France ; elle en a moins encore depuis que je suis en Bolivie. J'en ai dejà formulé quelques critiques en 2005, très mal accueillies, pour me rendre compte quatre ans plus tard que ceux qui les avaient mal prises avaient fini par en reprendre les arguments afin d'améliorer leur pratique. C'est que les chaotes sont plutôt rigides, lents, quelque peu dogmatiques et très entropisés. Ils changent rarement de focale. Vue depuis la Bolivie - puisque vous me demandez ma position je me localise - la chaos-magick est un gadget occidental pour personnes rêvant qu'elles ont un super-pouvoir sur le monde. C'est le rêve même de l'Occident, dont on connaît les résultats. Il ne s'agit donc pas de l'invention géniale d'une modernité que tous les ploucs boliviens admirent, mais plutôt celle du vieux monde aux modèles usés et sur le point de s'éffondrer, tant il est figé et incapable d'alternative. Ici tout peut changer ; là-bas, dans le vieux monde, tout est solidifié et entropisé. La magie du chaos est donc aussi inutile ici que peut l'être Hakim Bey. Elle est minuscule, lointaine... et puis, sorti de l'internet et de la nébuleuse virtualité, la chaos-magick n'existe pas.
Le genre de question qui se pose à moi maintenant ne concerne plus ce monde mais celui oú je vis. Maintenant que je connais ces deux merveilleuses traditions fermées aux occidentaux - ce qui est tout-à-fait normal vu la mentalité qu'ils exposent et ce qu'ils feraient de ces joyaux - je me demande comment ne pas être l'élément qui va attirer ici tout ce que la culture occidentale peut avoir de pire, autrement dit le mercantilisme, l'individualisme, l'immaturité, le new-age, le matérialisme spirituel, le néo-chamanisme, la superficialité et l'arrogance de se croire en avance ? Bien entendu, l'important n'est pas que je réponde à cette question mais que je me la pose, car elle ajuste l'action. Je ne suis pas un occidental voyageant ici afin de piller quelque chose que je vendrai à mon retour en France, tel le fraîchement nommé porteur de pipe lakota qui, rentrant au pays, y vend du chamanisme new-age et de "l'amour universel" - concept tout-à-fait étranger au monde indigène. Je ne suis même pas venu ici en nourrissant quelque espoir de rencontrer des chamans et des hommes de connaissance. Et c'est sans doute la raison pour laquelle j'ai trouvé l'inattendu ; ou plutôt, c'est lui qui m'a trouvé. Deux fois, en Juin et Octobre 2008, à Cusco et à Tarabuco, voyant comme en plein jour alors qu'il faisait nuit, je me suis dressé dans mon lit et j'ai vu don Camilo dans le patio de sa maison. Il ne s'agissait pas de rêveries mais de visions réelles, trés claires. J'ai eu avec lui des conversations muettes plus profondes que tous vos mots et vos poèmes. Des milliards d'informations précieuses circulaient dans chaque seconde de ce silence. C'était des mois avant de rencontrer Don Camilo en chair et en os. Et lorsque nous nous sommes croisés à El Alto, la reconnaissance fut immédiate. J'ai le souvenir que dans ces visions, Camilo et moi étions particulièrement heureux de la précision des perceptions de l'autre : enfin la réciprocité ! Voilà pourquoi je ne reviendrai pas. Ici je suis chez moi, loin de vos tricheries. Si vous voulez quoi que ce soit, sachez que cela ne vous est pas dû et que vous ne rencontrerez ici que ce que vous méritez : des chamans pour touristes. Excusez ma sévérité, mais je ne vous ferais aucun bien si je nourrissais en vous quelque espoir.
Ici, le chamanisme et le curanderismo sont des traditions bien ancrées. Ce n'est pas une chose à part dont on ne parle pas dans la vie courante et que l'on cache à son employeur, comme c'est le cas en France. J'ai été très surpris de cela au début. Dans la rue oú j'habite, des personnes m'arrêtent parfois pour me demander de rappeler une âme, guérir un malade ou faire une mesa. Qui leur a dit que je suis le kallawaya khjanchis koramanta, le kallawaya à sept plantes ? Je suis le plus petit et le moins savant des kallawayas, mais on me propose quand même d'assister aux fêtes et aux cérémonies spirituelles. Je ne suis pas dans le virtuel, je suis un agent magique et je me sens socialement responsable de cela. Mes amis chamans apprécient que je veille à les protéger des occidentaux, comme un guerrier prêt à bondir. Je suis souvent le premier à leur déconseiller d'accepter de répondre aux questions de tel ou tel quidam. Car ce que peut faire celui-ci, c'est de participer à un circuit chamanique avec un tour opérateur. Et ce que peut faire cet autre, c'est d'aller à la techno-parade qui a lieu sur l'île du Soleil. Il y arrachera sans doute le cactus sacré, pour faire un trip et il apprendra plein de choses qui lui permettront de frimer à son retour en France... Ma pensée est devenue indigène. Le passé est devant et le futur derrière, comme en langue quechua. Les ancêtres sont devant. Le chemin nait sous mes pas et vous n'apparaissez pas dans mes rêves. C'est tout dire.
Les textes de magie inconnue peuvent donc sembler froidement techniques, mais ils échappent à l'écueil d'une idéologie libertaire non-questionnable et presque obligatoire. On n'y trouve pas d'a priori imbécile du type : toutes les religions sont aliénantes, il n'y a que nous qui soyions libres, tous les autres sont nuls, ceux qui ne sont pas en accord avec nous sont en retard, 99 % des mages sont des abrutis, l'ésotérisme francophone est une vieillerie papusienne... Bref, ce ne sont pas des textes infantiles. Il semblerait que dans ce milieu, il soit très mal vu de ne pas être anarchiste. Les autres peuvent avoir le droit de vous envahir de textes idéologiques, pas vous. Si vous placez un lien vers Reymondon, c'est sûrement que vous êtes stalinien. Si vous citez Nicolas de Cuse, c'est sûrement que vous êtes enfermé dans le théisme. Bref, ne bougez pas, rien n'est permis, vous êtes dans mon viseur. On aimerait bien que toute la chaos-magick soit formatée sur la pensée unique qui, en francophonie, l'a totalement captée. Sauf qu'il y a méprise : nous ne sommes pas des chaotes, n'avons aucune envie de l'être et estimons avoir le droit de faire ce que nous faisons sans que nous tombe dessus quelque inquisiteur libertaire. Le dogme anti-dogme est défendu avec plus de violence que tout autre dogme. À bien des égards, la chaos-magick se montre plus intolérante et fermée que bien d'autres courants. La moindre différence de vue entraînera une agression. On imaginera que c'est la guerre. Nos curés de campagne et nos bonnes soeurs peuvent donner des leçons d'ouverture et de tolérance au moindre de nos chaotes.
Voyez-vous, il s'agit de savoir si l'on vous présente de la magie ou de l'idéologie pour adolescents biphasiques encore en révolte contre leur père. C'est une question autrement plus lucidogène que celle d'une éventuelle inanité de la métaphysique en magie du chaos et autres cultes de la déraison. Vous pouvez commencer à comprendre la grande vacuité de l'affaire lorsque l'on vous présente une critique tellement documentée et si peu contaminée d'idées reçues qu'elle confond métaphysique et religion (voir à ce sujet le texte de Madame Irma). Kant est métaphysique, René Guénon est métaphysique, Abellio est métaphysique, Gillabert est métaphysique sans être le moins du monde religieux, Hakim Bey est métaphysique même quand il nous recommande de ne pas l'être, puisque l'ontologie dont il s'occupe est une branche incontournable de la métaphysique. Peter Carroll croit ne pas être métaphysique mais il se trouve que l'anontologie n'est pas autre chose qu'une posture métaphysique, au sens le plus exact du terme. Si l'on souhaite séparer la métaphysique de la magie sous prétexte qu'elle est religieuse - alors qu'elle ne l'est pas - et que l'on sombre en même temps dans l'idéologie dogmatique, c'est qu'on se mélange un peu beaucoup les pinceaux, n'est-ce-pas ?
Il se trouve que la physique quantique tend à s'accorder davantage à la métaphysique qu'aux idées occultistes bien vieillottes que conservent nos chaotes. Elle remet en question, et pas toujours dans le sens souhaité, les idéologies individualistes et les dogmes de magiciens attachés à la solidité de leurs conceptions. Si ceux-ci se prennent pour une onde ou une particule plutôt que pour celui qui les observe, c'est après tout leur affaire. Mais c'est surtout là, à mon avis, que trouvent leur source les vélléités anti-métaphysiques, mouvements d'humeur et réactions de croyants des chaotes de fraîche adoption en francophonie. Au moins Peter Carroll veut-il faire abstraction de la métaphysique pour de meilleures raisons.
Donc, pour notre part, nous ne perdons pas de temps avec le gadget du saut paradigmatique, surtout quand on lui prête des vertus déconditionnantes et libératrices qu'il n'a pas. Car le moment qui intéresse particulièrement la magie inconnue n'est pas celui oú vous êtes plongé dans un paradigme, mais celui oú vous êtes réellement en suspens, que vous soyez ou non dans un paradigme. Voyez votre vie d'ésotériste. Tout le monde a plus ou moins connu des moments brutaux de changement de paradigme : Vous étiez un fervent lecteur de la Cosmogonie des Rose-Croix de Max Heindel et vous découvrez soudain Le Théosophisme de René Guénon qui envoie tout cela promener. L'intérêt, ce n'est pas que vous deveniez guénonien par la suite, mais cet instant précis qui vous laisse sans repaire et qui dégage complètement l'espace. À cet instant précis, vous êtes ouvert à tous les possibles. Les moments oú vous avez le plus progressé, les instants oú vous avez été au plus prés de la magie inconnue sont peut-être ces précieuses situations oú vous étiez en suspens, des mois durant, sans avoir plus besoin de coller une étiquette à ce que vous faisiez, totalement ordinaire.
Comme vous le constatez, nous avons peu d'intérêt pour les objets de consommation. Lorsque je cotoie les paradigmes, je ne fais pas de matérialisme spirituel en les traitant comme des marchandises au service de la toute puissance du moi. Il n'y a rien de mystique dans la chaos-magick : le magicien du chaos est encouragé à cultiver une mentalité héritée de la société de consommation : être un consommateur de religion, comme l'écrit Spare.
Fra. Grand Poobah a pu écrire : " il n'existe rien de tel qu'un magicien du chaos per se ". Il fut un temps oú l'on pouvait trouver un discours intelligent sur la chaos-magick. La magie du chaos est un faire, pas un état. La chaos-magick existe depuis longtemps en France. Les premiers textes en lien avec ce courant ont été proposés par R. Sussan en 85, dans la revue Devil Paradise de Thillier et Pissier. Puis apparaîssent les nombreuses traductions proposées par Christian Bouchet et ses amis. Article aussi dans la revue l'Originel, jusqu'à ce qu'en 99 nous décidions avec Pissier de mettre à disposition sur le net les premières traductions systématiques. Pas besoin d'en faire des tonnes car peu de textes suffisent à comprendre de quoi il s'agit et à pratiquer en toute autonomie. Nous pensions à l'époque qu'il valait mieux orienter les gens vers autre chose que des ordres magiques. Et de toute façon, la chaos-magick est un excellent moyen de débuter en magie. Pourtant, aucune des personnes que je viens de citer ne s'est dite chaote ou "magicien du chaos". Tout simplement parce que cela permet d'échapper à l'entropisation, évitant d'enfermer l'impétrant dans un modèle de conduite permanent. Il y a plus d'avantages à ne pas être chaote et à pratiquer la chaos-magick qu'à se dire chaote et s'entropiser dans le formatage dogmatique de la chaos-magick.
Prenons un autre exemple de mécompréhension et parlons de la "gnose". Dans la magie du chaos, ce concept est flou et brouillé, ce qui conduit á commettre des erreurs plus que grossiéres. Ainsi, Madame Irma, qui tout-à-l'heure faisait de la métaphysique, va nous parler maintenant des états de gnose. N'allez pas croire que je fasse une fixation sur le cas de cette dame. C'est simplement que j'ai son texte sous les yeux en vous répondant et que je le commente. Voyons ce que Madame Irma, devenue chaote, nous raconte sur la gnose : Vous comprenez, dira-t-elle, la gnose c'est fait pour servir à quelque chose et si vous la recherchez pour elle même, c'est que vous confondez la fin et les moyens. Bref, toutes les traditions orientales et occidentales, composées selon elle à 99 % d'abrutis, se trompent. Évidemment, pour qui connait l'état magique (et non pas les petites transes que Madame Irma appellerait sans doute "état second" et qu'elle confondrait volontiers avec le non-moi, au moins aussi facilement qu'elle assimilerait la vacuité au simple fait de ne pas penser), ce genre d'appréciation indicatrice du degré zéro de la magie ne peut que faire sourire, tout comme sourirait le chrétien auquel on dirait : " La prière, vois-tu, ça sert à obtenir quelque chose de Dieu. Pourquoi donc prie-tu simplement pour prier au lieu de demander une voiture neuve ? " De toute évidence, une personne parlant ainsi de la prière n'en connait pas la nature et n'est pas du tout au fait de ce que peuvent être les états mystiques, voire métaphysiques, que l'on peut y trouver. De plus, on retrouve encore ici l'attitude consommatrice et mercantile qui caractérise la chaos-magick, fidèle reflet d'une sociéte occidentale oú n'existe plus qu'une seule caste : celle des commerçants et une seule idéologie : celle de l'économie. Mais il n'y a pas que Madame Irma qui soit imprécise. Voyez ce qu'écrit le Lincoln Order of Neuromancers au sujet de cette gnose mal nommée, répètant plus ou moins les inepties de Peter Carroll : " La Gnose est la clé des capacités magiques, l'accession á un état intense de conscience connu de nombreuses traditions sous le nom de Non Esprit, le Point Unique ou le Satori. La conscience est vidée de toute information excepté l'objet/sujet de la concentration." Le Point Unique, le Non Esprit, le Satori, ça fait sans doute très bien, très sérieux, très puissant, de citer ces termes qui nous mettent à égalité avec les grandes traditions, mais quand on ajoute ensuite qu'il s'agit d'une concentration, c'est qu'on a visiblement pas approché de ce que les japonais appellent Satori. Ou plutôt ne l'a-t-on qu'approché, au travers de ce superficiel qui ne change rien au vital. Madame Irma ne sait probablement pas grand chose non plus du Non Esprit lorsqu'elle s'offusque que certains puissent faire l'éloge du ne pas être. Pour ma part, je fais parfaitement la distinction entre l'état second oú Madame Irma réalise une voyance et le Satori oú rayonne l'ainsité. Je fais une différence entre l'état entre veille et sommeil et jagrat-sushupti, entre extase et transe, entre état hallucinogène et état lucidogène, entre méditation et transe, etc. Il n'est guère étonnant que Madame Irma, qui ne connait que l'état second, puisse rire du non-mental et du non-moi, puisqu'elle ne sait tout simplement pas de quoi elle parle. Il y a un réel problème de flou quant au mot gnose dans la chaos-magick. La simple division entre gnose inhibitoire et exitatoire est insuffisante. Certains sont conduits à porter des jugements sur les états supérieurs de conscience à partir du petit état second qu'ils connaissent et l'on assiste alors à toutes sortes de confusions et de glissements. Le satori ne sert pas à faire de la voyance, désolé. Les démons de Lovecraft n'apparaissent pas dans l'état de jagrat-sushupti, désolé. Mais entre veille et sommeil, certainement. Lorsque vous franchissez l'abîme, vous n'êtes pas dans le monde des images, désolé. Si vous prenez du LSD, oui. Il y a une telle variété d'états de conscience que la division binaire de la gnose chaote n'est pas du tout un outil pratique. Le Peyotl, l'Ayahuasca, le San Pedro provoquent tous des états très différents les uns des autres et le concept de gnose ne peut rendre compte de ces différences. Il manque une carte, mais on peut se demander si cela n'arrange pas au contraire le chaote, de pouvoir faire passer une simple cuite pour une illumination transcendante et un état second pour un satori.
Je ris, je ris, mais il faut tout de même prendre conscience ici de l'extraordinaire difficulté que l'on éprouve quant à une appréciation lucide des états de conscience. La chaos-magick n'est pas seule à se leurer sur ce sujet. Mais si vous pensez qu'il suffit " de pratiquer un tant soit peu le yoga, la méditation, le chamanisme, ou la magie pour comprendre que cet arrêt momentané de la pensée, est le moyen d'atteindre un état de conscience particulier permettant lui-même telle et telle chose (par exemple la voyance ou la projection de la volonté magique) et non un but en soi ", je vous en félicite ! Mon ami Jaïs a eu l'idée de faire venir en Aleyrac une bonne quinzaine de personnes, au tout début oú je le connaissais (2002). Il s'agissait de personnes s'intéressant un tant soi peu au yoga, au chamanisme, à la méditation. Une séance de méditation est proposée, tout le monde s'installe. J'hallucine. C'est donc cela qu'on appelle méditation dans ce milieu ? Arrive mon ami Philippe N. plus de trente ans de méditation quotidienne. Il s'asseoit avec le groupe. Posture impeccable, esprit impeccable, méditation impeccable. Quelqu'un dit tout bas : "il se prend pour le bouddha celui-là ou quoi ?" La compétence est mal vue. La médiocrité est encouragée. Tout le monde sait ce que tout le monde sait et si vous prétendez en savoir davantage, malheur à vous. Philippe ne fait pourtant que méditer, comme Paco, comme Sergio, comme beaucoup d'autres, depuis trente ans et plus, tous les jours. Il faudrait peut-être lui dire que la méditation ça sert à faire de la voyance et que toute personne sachant un tant soi peu méditer le sait, sauf lui.
Bien, cette lettre est déjà très longue et je n'ai abordé que quelques points litigieux concernant notre objet. Il y aurait quantité de commentaires à faire encore mais je n'en ai pas le courage ni le temps. Sans doute continuerai-je dans d'autres textes à modifier au passage telle ou telle perspective. Par exemple le mythe du renforcement positif en chaos-magick et sa psychologie douteuse. Il paraît que plus on s'attribue à soi-même la réussite en magie, mieux elle fonctionne. Or, c'est exactement le contraire qui se produit. Ce renforcement positif, si utile en d'autres circonstances, est une belle absurdité en magie car il n'y a pas que les sigils qui fonctionnent comme des sigils. Toute la magie fonctionne comme les sigils. Toute la métaphysique fonctionne comme les sigils : par l'oblique et l'utilisation positive du refoulement. Tous ceux qui veulent être des maîtres disent qu'ils ne sont pas des maîtres. Toutes les sectes qui veulent être des sectes disent qu'elles ne sont pas des sectes. Tous ceux qui veulent vous dogmatiser se disent non-dogmatiques. Tous ceux qui cherchent l'immortalité meurent. Tous ceux qui veulent sauver leur vie la perdent. Dans le bouddhisme tibétain qui insiste tellement sur le Non-Moi, on trouve paradoxalement un phénomène rare parmi toutes les religions : un panthéon totalement fait d'êtres humains, totalement anthropomorphique. Tel est le SIGIL. Nous recommandons pour notre part de ne jamais s'attribuer à soi-même un quelconque pouvoir magique. Tout d'abord, cela évite de ressembler à un mage à l'ego boursoufflé et entropisé, qu'il soit chaote ou de la Golden Dawn. Ensuite, cela permet au pouvoir d'évoluer librement et sans captation, de sorte qu'il ne diminuera pas à cause de notre saisie consciente. Et pour finir, cela rend le pouvoir au pouvoir : l'effet de la magie est dû à la magie. En attribuant tout simplement la magie à la magie, vous êtes dans la non-localité quantique, vous êtes dans le Je atmosphérique et vous renforcez votre confiance déjà immense et pleine d'élegance en ce miracle de l'Inconnu. Plus vous attribuez la magie à la magie, plus sa puissance grandit et se déploie magnifiquement, périphérique, palpable, orbitale. Ce n'est pas vous qui êtes puissant, c'est non-vous. Et l'univers vous le démontre chaque jour par son indifférence.
Merci de m'avoir donné l'inspiration de cette lettre, bien qu'elle soit très incomplète.
H-C
mardi 12 mai 2009
À TABLE !

Que ma petite twingo bleue.
De toute sa splendeur, elle roule cependant.
Tandis qu'un doux plérôme me déchire les yeux,
Avez-vous vu cet ange bleu ?
Et la débonnaire dame ronde
qui de lumière la voûte inonde ?
Tout est bien là, si rien n'est vrai.
Pourquoi chercher là-bas ce qui est prés ?
La lune et le soleil, le dieu vert des forêts,
La buse sans pareille, le chevreuil affairé,
N'ont plus rien à défendre, ils sont irréfutables.
Point de philosophie ! Allez, tout le monde à table !
mercredi 6 mai 2009
AYMARA (2)
TAROT
Á la demande générale d'Anael, j'explique en quoi consiste ce tirage que nous appelons entre nous : tirage de lignée ou tirage pyramidal. Il a été crée au début des années 80 par P. Naudet et moi-même. Nous cherchions un mode de lecture du Tarot plus éloquent que le fameux tirage en croix qui ne nous satisfaisait pas. Cette façon de procéder s'est révélée á nous d'un seul coup et sans réflexion savante et ce tirage s'est montré si bavard que ceux á qui nous l'avons expliqué l'ont de suite adopté. Il fait partie de ce que nous appelons, le trésor du Dragon, un endroit oú chacun d'entre nous peut déposer un joyau qui profitera á toute la lignée.
Très simple donc : On bat les cartes, on les coupe et on tire trois cartes. Ces trois cartes représentent l'évènement en soi, une histoire que l'on peut lire de gauche á droite, ou bien encore en considérant que la carte du centre est le présent, celle de gauche le passé et celle de droite le futur. Pour obtenir les deux cartes au-dessus, on fait simplement la somme des deux cartes du dessous. Dans ce cas par exemple, la somme du JUGEMENT et du PENDU donne : 20 + 12 = 32 = 3 + 2 = 5, LE PAPE. Et la somme du PENDU et de la PAPESSE donne 12 + 2 = 14, LA TEMPERANCE. Ce deuxiéme étage composé de deux cartes est l'astralité, les coulisses de l'évènement, les désirs sous-jacents, la partie non visible et subtile, les intentions cachées. La carte de gauche est le sens desscendant, vers la manifestation et celle de droite est ascendante, de sorte que l'on peut lire aussi ce tirage de façon verticale. On obtient la carte unique du troisième étage en faisant de nouveau la somme des cartes précédentes : Dans ce cas, LE PAPE et LA TEMPERANCE, ce qui nous donne LE SOLEIL. Ce troisième niveau est aussi bien la synthèse que le principe, l'origine, le niveau causal, etc. Pour chaque étage je donne plusieurs sens afin que vous puissiez choisir le vôtre, celui qui fonctionne le mieux pour vous. Si vous préférez voir la carte du haut comme une synthèse, libre á vous. Je constate que la plupart d'entre nous lui préfère le sens de cause. Si vous préférez lire la ligne du bas comme passé, présent et futur, plutôt que comme une historiette, libre á vous. Je constate que la seconde solution remporte un franc succès...
Pour plus de polysémie, on compte la lame sans nombre comme 22. On note aussi que dans certains tirages, les cartes peuvent se répéter, ce qui appuie leur sens ou trace une route. Si vous tirez les cartes 19, 13 et 5, vous allez remarquer que la lame 5 se répète sur les trois niveaux. Évidemment, quand une carte se répète, on laisse son espace vide et on garde en tête le nom de la carte qui l'occupe. Avec l'habitude, on peut simplement tirer les trois cartes sans avoir á sortir les autres, dont on garde simplement le résultat en mémoire.
AYMARA (1)
- Offrande á la Pachamama -
- Éveil -
dimanche 3 mai 2009
VERS LA MAGIE INCONNUE (4)
Même lorsque cette phrase est en train d'être écrite, ou lue, nous ne pouvons connaître le sens qui sera engendré par les mots qu'elle contient, ni ce que créera la collaboration hétérogène des lecteurs ou ce qui se déploiera á partir de sa construction textuelle. Le risque de la créativité quantique, dans ce cas, c'est d'écrire et de lire, de découvrir quelque chose sans savoir exactement ce qui se passe ni d'oú cela provient.- Vers la Magie Inconnue (1)
- Vers la Magie Inconnue (2)
- Vers la Magie Inconnue (3)
- Magie Inconnue
- Terre du Dragon, l'expérience magique
- Matérialisme spirituel et Chaos
- Cultivez vos passions
- Contact de l'Esprit
- Entretiens sur la Magie
RÉVOLUTION INTÉRIEURE
Photo et légende extraites de l'excellent site Decondicionamiento et de l'article que Yemeth consacre au thème de la transformation inséparablement extérieure et intérieure : Initiation : La production de l'impossible. Ce truc de la seule révolution intérieure, écrit Yemeth, est l'excuse rêvée des hippies embougeoisés pour ne rien faire tout en se donnant l'impression qu'ils font. Vous savez ? Ce petit monde des Dévas, comme on l'appelle au Tibet, ce petit monde des dieux, confortable et douillet, tel qu'on peut le trouver en Californie oú l'on se révolutionne le dedans á grands coups de stages onéreux organisés par des gourous aux idées progressistes. C'est exactement ce petit monde squizophrénique que Reymondon appelait Sodome, le spirituellement pur. Sodome, le petit monde des Dévas, était d'ailleurs aussi très branché révolution intérieure, avant qu'une bombe au vacum ne vienne frapper sa civilisation.
samedi 2 mai 2009
UNE MESA DE JAN FRIES
Jan Fries est un praticien allemand du neo-chamanisme fortement influencé par l'oeuvre d'Austin Osman Spare et, raisonnablement, par le thélémisme d'Aleister Crowley. Il est surtout connu du public anglophone pour être l'auteur du Visual Magick, un livre dont nous avons produit quelques extraits ici. L'intérêt de ce livre est qu'il donne d'excellents conseils sur la pratique de la visualisation en se basant sur un enseignement essentiel de Spare, celui de la sensation visualisée. Cette technique, une fois approfondie, permet á l'oeil de toucher et á la main de voir, ce qui, soit dit en passant, symbolise également le fait de "kiaïser" le Zos et de "zoïser" le Kia. En dehors de Kenneth Grant qui l'a commentée, la rapprochant plutôt improprement de l'art de Dali, cette technique de Spare n'a pas retenu l'attention de ceux qui n'ont fait que survoler l'oeuvre du génie londonien. C'est surtout dû au fait que Spare ne consacre qu'une seule phrase de son Centre de Vie á ce sujet et que l'essentiel de ce qu'il en communique est contenu dans les illustrations du Livre du Plaisir, notamment dans le dessin intitulé : The Death Posture, second position oú apparaît cette phrase hautement pédagogique : De la vision par le sens du toucher, ou bien encore dans les innombrables variations d'yeux pourvus de mains et de mains pourvues d'yeux que l'on peut trouver dans cette oeuvre. Spare ne parle pas, il montre. Et c'est de cette façon qu'il choisit d'insister sur l'importance de la sensation visualisée, conjonction de Zos et de Kia conduisant á la sensation symbolisée et au symbole sensible qu'est le sceau, dans son système magique. Dans les premiers chapitres de son livre, Jan Fries développe les implications techniques et pratiques de cet enseignement de Spare avec beaucoup de simplicité et d'á-propos, permettant á chacun d'acquérir la faculté de visualiser. Car le développement de cette compétence technique est souvent laborieux et problématique pour bon nombre de mages.Certains disent que Jan Fries est un magicien du chaos, chose qu'il nie pourtant clairement, aussi clairement qu'existe une différence radicale entre magie inconnue et chaos-magick. Quoiqu'il en soit, le Visual Magick de Fries est très apprécié des chaotes anglophones et c'est sans doute pour cette raison qu'ils aimeraient bien faire de ce dernier un chaote...
Mais ce qui m'amène aujourd'hui á parler de Jan n'est pas les á peu près de l'occulture mais une pratique suggérée au chapitre 8 de son Visual Magick et qui concerne indirectement les Kallawayas. Ce Chapitre s'intitule Construire un Mandala. Il commence par la description de la construction d'un mandala par des moines tibétains. Puis, l'auteur nous demande de nous transporter par l'imagination vers les hauts plateaux boliviens oú nous attend un Kallawaya, "parmi les rares restant encore", en pleine préparation d'une mesa de guérison. Jan Fries compare alors cette mesa á un mandala, avant de nous proposer sa pratique personnelle, inspirée par les kallawayas. Enfin, le chapitre se termine par une brève description du symbolisme possible des plantes et des arbres de la région oú vit Jan.
Notons également que pour les Kallawayas, la feuille sacrée de coca est un composant essentiel et non-substituable de la mesa. Servir une mesa sans coca, c'est comme inviter quelqu'un á manger et ne lui servir que du sel. " Ñoqanchis runa cocamanta kausanchis, papamanta, arrozmanta, han jina. Chaykunaqa wiñachiwanchis. Jinallataj lugarkunawan. Pachamamata, lugarkunata mana burlanachu. Ñoqa manallataj uj visitaman kachillata qarasajchu, y. Papaman, arrozman, chayman kachita churasaj. Kachilla uj insultojina chayqa. Kugarkuna castigawankaku. Ichá jup'alla kankaku. Mana sirvinchu uj abusionta ruasqayta. Naupajta cocata, untuta mask'anchis. Chunca p'unchaytapas purisun necesitakun puni ari. " " Nous les hommes, nous vivons de coca, de patate, de riz; c'est ainsi. Ces choses nous alimentent. C'est exactement pareil pour les lieux sacrés. Est-ce que je vais servir seulement du sel á un invité ? Le sel, je vais en mettre dans les patates, dans le riz. Mais servir seulement du sel est une insulte. Les lieux sacrés me puniront, ou peut-être se boucheront-ils les oreilles lors de ma requête. Ça n'a pas de sens de faire une guérison comme ça. En premier lieu, nous devons nous procurer la coca et la graisse de lama. Même s'il nous faut marcher dix jours pour ça, nous en avons besoin par dessus tout. " D'oú le grand problème que rencontrent les Kallawayas lorsqu'ils doivent voyager á l'étranger. C'est ainsi que j'ai vu l'un de mes amis prendre des risques considérables et se rendre de la Bolivie jusqu'au Chili en contournant les postes-frontiéres, afin d'y guérir un malade. Cette interdiction ridicule (et politique) de la feuille de coca dans certains pays m'a poussé á réfléchir très tôt á un substitut, mais je me suis finalement rangé de l'avis de mes maîtres : pas de rituel kallawaya sans coca. Et c'est justement sur ce point, que la proposition de Jan Fries me semble intéressante.
Bien entendu, il ne saurait être question pour cet auteur de célébrer une mesa kallawaya, d'appeler ainsi sa pratique personnelle ou bien encore de se prendre pour un kallawaya alors qu'il accomplit son propre rite. Comme il le dit lui-même en toute honnêteté, il ne fait que s'inspirer de cette auguste tradition d'Amérique du Sud. La pratique personnelle qu'il propose peut permettre á toute personne n'étant pas kallawaya ou ne vivant pas dans un pays oú la coca est légale de faire, á sa manière, une célébration de ce type, sans pour autant prétendre obtenir les résultats incroyables qui font la gloire des kallawayas. C'est pourquoi je suis bien heureux de pouvoir diffuser cette idée de Jan sur mon blog.
Je ne vais pas donner tout le détail de sa pratique, sachant que le lecteur, pourvu d'une imagination géniale, est parfaitement capable de la réinventer tout seul. Je reproduis seulement ici les images des mesas de Jan Fries, qui suffiront á inspirer.
On accumule des petits objets de pouvoir trouvés dans la nature, des os, des plumes, des graines, des fleurs. On construit sur un nid de coton un petit mandala, on y ajoute de l'encens, on le bénit et on l'arrose avec de l'alcool. On se sert des lois de correspondance pour construire le mandala. Mais avant de le brûler vient un moment très important, inspiré des rites kallawayas et que Jan Fries, dans son excellence technique, a parfaitement su discerner lá oú d'autres n'y verraient goutte. Il s'agit du temps de repos qui a toujours lieu entre la confection de la mesa et sa crémation. Lorsque l'on termine la préparation de la mesa kallawaya, ce qui peut demander parfois jusqu'á trois heures de manipulations diverses, on marque toujours une pause oú l'on oublie un peu tout ce qu'on vient de faire en mâchant la coca, en buvant, en fumant beaucoup, en observant le paysage, en parlant de la récolte ou du bétail. Ce n'est qu'une demi heure plus tard á peu près que l'on reprend le rite et que l'on brûle la mesa. Bien entendu, cette pause a techniquement quelque chose á voir avec les conclusions tirées par Spare sur les phases d'inhibition du sceau. Les Kallawayas savent que cette pause est indispensable et joue un rôle dans l'efficacité du rituel. Elle fait d'ailleurs partie des signes pouvant, selon eux, permettre de distinguer un expert d'un simple charlatan.
Une dernière remarque encore : Tous les rites de magie á but utilitaire célébrés par les kallawayas se font sans transe particulière, ce qui apporte un démenti formel á la thèse chaote voulant que toute magie, pour être efficace, doive passer par une transe. Même quand il pratique un retour d'âme et a besoin de VOIR, le kallawaya n'a pas nécessité d'entrer en transe. Au contraire, le rituel kallawaya est non seulement efficace, mais il est très ordinaire et se déroule dans le cadre de la conscience quotidienne. Quelques secondes seulement, alors qu'il prie en faisant - autre signe de son expertise - le kallawaya peut s'absorber naturellement. Rien qui puisse être qualifié de transe ou d'extase. Toute sa pratique á but utilitaire repose sur l'ordinaire de la conscience.














